Amérique

Amérique du Nord
Amérique du Nord

Une des cinq parties du monde, l'Amérique est limitée par l'océan Pacifique à l'ouest, l'océan Atlantique à l'est, l'océan Arctique au nord et l'océan Austral au sud. On distingue trois grands ensembles : l'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud constituent l'essentiel du continent et sont séparées par un isthme formant (ou non) avec les Antilles l'Amérique centrale.
Les États d'Amérique :

Les États d'Amérique

LES ÉTATS D'AMÉRIQUE

ÉTAT

Superficie
(en km2)

Nombre d'habitants
(estimation pour 2013)

AMÉRIQUE DU NORD

Canada

9 975 000

35 182 000

États-Unis

9 364 000

320 051 000

Mexique

1 970 000

122 332 000

AMÉRIQUE CENTRALE

Belize

23 000

332 000

Costa Rica

51 000

4 872 000

Guatemala

109 000

15 468 000

Honduras

112 000

8 098 000

Nicaragua

148 000

6 080 000

Panamá

77 000

3 864 000

Salvador

21 000

6 340 000

ANTILLES

Antigua-et-Barbuda

442

90 000

Bahamas

13 900

377 000

Barbade

431

285 000

Cuba

111 000

11 266 000

Dominicaine (République)

48 400

10 404 000

Dominique

751

72 000

Grenade

344

106 000

Haïti

27 750

10 317 000

Jamaïque

11 425

2 784 000

Sainte-Lucie

616

182 000

Saint-Kitts-et-Nevis

269

54 000

Saint-Vincent-et-les-Grenadines

388

109 000

Trinité-et-Tobago

5 128

1 341 000

AMÉRIQUE DU SUD

Argentine

2 780 000

41 446 000

Bolivie

1 100 000

10 671 000

Brésil

8 512 000

200 362 000

Chili

757 000

17 620 000

Colombie

1 140 000

48 321 000

Équateur

260 670

15 738 000

Guyana

215 000

800 000

Paraguay

407 000

6 802 000

Pérou

1 285 000

30 376 000

Suriname

163 265

539 000

Uruguay

177 500

3 407 000

Venezuela

912 050

30 405 000

  • Superficie : 42 000 000 km2
  • Population (avec les Antilles) : 972 005 000 hab. (estimation pour 2013)

GÉOGRAPHIE

1. Le relief

Étiré sur plus de 15 000 km du nord au sud, le continent juxtapose d'ouest en est trois grands types de paysages.

La façade pacifique est dominée par de hautes chaînes (l'Aconcagua culmine à 6 959 m), étirées, les cordillères (Rocheuses au nord et Andes au sud notamment), partiellement volcaniques, enserrant souvent des plateaux d'altitude (Grand Bassin américain ou Altiplano bolivien par exemple).

La façade atlantique, parfois bordée de plaines littorales, est dominée par de moyennes montagnes (où l'altitude n'atteint jamais 3 000 m), comme les Appalaches au nord, ou de hauts plateaux, comme le plateau brésilien au sud.

Le Centre est occupé par de vastes régions sédimentaires plus basses, comme la Prairie américaine (débordant au Canada) ou la forêt amazonienne, correspondant souvent aux bassins de gigantesques organismes fluviaux (l'ensemble Mississippi-Missouri au nord, l'Amazone au sud).

2. Le climat et la végétation

La végétation varie avec le relief et la latitude.

Une grande partie de l'Amérique du Nord est dans le domaine tempéré. Les hivers sont souvent rudes en altitude et dans l'intérieur, éloigné des influences océaniques adoucissantes. Les précipitations sont abondantes sur l'Ouest montagneux, se raréfiant vers l'Est, plus abrité, avant de se relever en bordure de l'Atlantique. On passe de la toundra de l'extrême nord à la forêt et rapidement dans l'intérieur, à tendance aride, à la steppe.

L'Amérique centrale, montagneuse, étroite, est abondamment arrosée, comme le sont les îles ou versants au vent des Antilles. La forêt a souvent été massivement défrichée par les plantations commerciales à des latitudes tropicales.

Elle domine encore en revanche dans l'Amazonie équatoriale, abondamment arrosée, toujours chaude. Elle cède la place à une forêt plus clairsemée, puis à la savane et à la steppe sur le plateau brésilien, à la prairie plus au sud (Pampa). La steppe réapparaît dans la Patagonie, abritée par les Andes.

La façade pacifique présente une succession de climats influencés naturellement par la latitude (climat méditerranéen de la Californie et du littoral chilien à la hauteur de Santiago), mais aussi par l'existence de courants marins expliquant la bande désertique de l'Atacama.

3. La population

Estimée à 972 millions d'habitants en 2013, la population du continent américain a presque décuplé en un siècle, à cause de l'immigration et, surtout, d'un accroissement naturel accéléré depuis que les îles des Caraïbes et les pays d'Amérique centrale et du Sud ont amorcé leur transition démographique, dans les années 1940. Supérieure à 20 habitants par km2, la densité de population du continent est très contrastée. Aux zones densément urbanisées correspondent de fortes concentrations humaines – Megalopolis de Boston à Washington, couloir du Saint-Laurent aux Grands Lacs, côte californienne, centre du Mexique, îles Caraïbes, cordillère andine de Caracas à La Paz, littoral atlantique de Recife à Buenos Aires – auxquelles s'opposent les vastes espaces vides de l'Alaska, du Grand Nord canadien, des Prairies, des Rocheuses, de l'Amazonie et de la Patagonie.

Le peuplement précolombien s'est souvent maintenu dans les Andes, site de quelques grandes métropoles – Bogotá, Quito, La Paz. L'essentiel des agglomérations américaines se rencontre cependant sur le littoral, là où ont abouti la plupart des mouvements migratoires en provenance d’Europe. La croissance des villes s'est en outre rapidement développée et les pays du sud du continent ont désormais des taux d'urbanisation équivalant à ceux du Nord (plus de 70 %). Les Amériques comptent ainsi 27 des 100 plus grandes agglomérations mondiales : Mexico et São Paulo, avec 19 millions d'habitants, figurent parmi les plus grandes villes du globe, dépassant sur le continent New York (16 millions), Buenos Aires (13 millions), Rio de Janeiro (12 millions) ou Los Angeles (10 millions).

4. L'économie

Depuis la montée en puissance de l'économie nord-américaine au xixe s., les pays d'Amérique centrale et du Sud, ainsi que les îles, sont sous l'influence des États-Unis, la domination géostratégique ayant été relayée par la dépendance économique et financière, dès la fin de la Première Guerre mondiale, quand les capitaux venus du Nord ont remplacé les capitaux européens. Ces investissements se dirigent de préférence vers les productions spéculatives, qu'il s'agisse de matières premières agricoles (café du Brésil et de Colombie ; caoutchouc brésilien ; canne à sucre antillaise et péruvienne ; cacao brésilien ; coton mexicain, brésilien et péruvien ; fruits tropicaux des Antilles et d'Amérique centrale ; viande d'Argentine) ou de productions minières (argent et étain de Bolivie ; cuivre du Pérou, du Chili et de Colombie ; plomb, zinc et fer du Mexique ; pétrole du Venezuela et du Mexique). Cette orientation économique a rendu les pays d'Amérique latine particulièrement vulnérables aux fluctuations des marchés, et la crise de 1929 les a d'ailleurs particulièrement affectés.

En l'absence d'une industrie locale de transformation, ils ont longtemps dépendu des importations de biens manufacturés en provenance de l'Amérique du Nord et de l'Europe. À partir de la fin des années 1930, des programmes d'industrialisation et des mesures de protectionnisme ont été mis sur pied, dans le cadre d'une politique de substitution des importations, au Mexique, au Brésil, en Argentine et au Chili ; si les matières premières jouent toujours un rôle central dans ces quatre pays, leurs productions se sont diversifiées, au profit de l'industrie légère, mais au prix d'un très fort endettement, de tendances hyperinflationnistes et sans que soit vraiment mis fin aux problèmes agraires et à la misère des nombreux petits paysans. Cependant, l'Amérique centrale a connu une longue période de croissance qui ne s'est vraiment interrompue qu'avec la récession mondiale du début des années 1980 et la crise financière, partie du Mexique en 1982.

Sous l'injonction du F.M.I., les pays d'Amérique centrale et du Sud ont, au tournant des années 1990, mis en place des plans de rigueur : réduction du rôle de l'État et du protectionnisme, privatisations, ouverture aux investissements extérieurs, priorité aux exportations. Avec, comme principal modèle, le Chili, l'ensemble du sous-continent sud-américain fait désormais figure de zone émergente. Si la crise du peso mexicain (fin 1994) ne s'est pas propagée aux autres pays, en 1998 les crises russe et asiatique ont eu, quant à elles, des répercussions sur l'économie de ces États, la première en pénalisant leurs exportations, la seconde en ravivant la méfiance des investisseurs envers les pays émergents. D'autres turbulences financières peuvent survenir comme celle qui amène en janvier 1999 la brusque dévaluation du réal brésilien, conduisant à un net ralentissement de la croissance dans toute la région. Mais depuis 2000, la plupart de ces pays bénéficient d'une lente reprise à l'exception notable de l'Argentine qui se débat dans une crise économique extrêmement grave entraînant d'importants mouvements sociaux et une instabilité politique préoccupante.

Les P.N.B. par habitant en parité de pouvoir d'achat sont très disparates : 1 150 dollars internationaux à Haïti, l'un des pays les plus pauvres du monde, 12 590 au Chili et 45 850 aux États-Unis (2007). Les pays du Sud ont un revenu par habitant plus de trois fois inférieur en moyenne à celui des membres de l'A.L.E.N.A. (Accord de libre-échange nord-américain, regroupant depuis 1994 les États-Unis, le Canada et le Mexique). Des rapprochements commerciaux latino-américains, destinés à contrebalancer le poids des États-Unis, ont vu le jour : le Marché commun de l'Amérique centrale (Costa Rica, Guatemala, Honduras, Nicaragua, Salvador) est né en 1957 ; l'Association de libre-échange latino-américain (Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Équateur, Mexique, Paraguay, Uruguay, Pérou) en 1961. Ces initiatives se sont intensifiées pendant les années 1990. Dès 1991, le Brésil, l'Argentine, l'Uruguay et le Paraguay ont préparé la mise sur pied d'un Marché commun du Sud (Mercosur). Entré en vigueur en 1995 et destiné à s'ouvrir à d'autres pays du continent, il constitue une réponse à l'A.L.E.N.A. Se sont aussi créés le Groupe des Trois (Colombie, Mexique, Venezuela), la Communauté andine (Bolivie, Colombie, Équateur, Pérou, Venezuela) et l'Union douanière et commerciale Colombie-Venezuela. Le Chili s'est associé à la Bolivie en 1996, mais mène, de son côté, des négociations avec le Canada, le Mexique et les États-Unis dans l'espoir de participer à l'A.L.E.N.A.

Les forces d'intégration économique du sous-continent sud-américain doivent toujours compter avec le poids des États-Unis. Ainsi, pour accroître leur influence face à ces derniers dans les négociations portant sur la création en 2005 d'une zone de libre-échange des Amériques (Z.L.E.A.) regroupant tous les États du continent à l'exception de Cuba, les États sud-américains, sous l'impulsion du Brésil – lequel aspire à consolider sa zone d'influence – ont lancé en 2000 un projet de zone de libre-échange, qui rassemblerait notamment les États du Mercosur et de la Communauté andine.

Parallèlement, le phénomène de dollarisation graduelle de l'Amérique latine, processus entamé dans les années 1970, se poursuit avec les décisions radicales de l'Équateur en 2000 et du Salvador en 2001 (abandon de leur monnaie nationale au profit de la devise américaine).

HISTOIRE

La découverte de l'Amérique

La première approche du continent par des Européens revient aux Scandinaves, qui, avec le Norvégien Éric le Rouge, touchent au Groenland dès la fin du xe s. Mais il faut attendre cinq cents ans pour que le périple de Christophe Colomb permette d'atteindre le Nouveau Monde (1492). Les Espagnols se taillent en Amérique, au xvie s., un immense empire.

Après les expéditions de l'Anglais John Cabot sur les côtes de l'Amérique du Nord (1497), de Pedro Álvares Cabral et d'Amerigo Vespucci sur les côtes du Brésil (1500), après les voyages de Vasco Núñez de Balboa au Panamá (découverte de l'isthme en 1513) et de Fernand de Magellan (qui aborde en 1520 la Terre de Feu et le détroit auquel il a donné son nom), le tracé du rivage oriental du Nouveau Monde est connu dans ses grandes lignes. L'expédition de Hernán Cortés au Mexique, à partir de 1519, celles du Français Jacques Cartier au Canada, de Diego de Almagro au Brésil et de Hernando de Soto en Floride et le long du Mississippi (1541) achèvent de préciser la forme du continent américain. La côte pacifique (californienne) est également explorée dès 1540 par Francisco de Coronado et Juan Cabrillo (1542), tandis que Francis Drake atteint l'actuelle Colombie-Britannique en 1579.

Les Anglais lancent des expéditions vers le Nord à partir de 1576 – Martin Frobisher, John Davis – puis, au début du xviie s., avec John Waymouth et Henry Hudson, qui découvrent les rives nord du Canada. Des explorations intérieures sont aussi menées par les Français Marquette, Joliet et Cavelier de La Salle. Au xviiie s., Béring, Cook et Vancouver explorent les côtes de l'Alaska, tandis que les navigateurs essaient de trouver les passages reliant Pacifique et Atlantique. Durant le xixe s. et le début du xxe s., des expéditions scientifiques complètent les données acquises.

L'Amérique du Nord

La fondation des colonies britanniques et de la Nouvelle-France

À la suite du premier voyage de Christophe Colomb, le pape Alexandre VI, soucieux d'éviter les conflits entre les deux nouvelles puissances impériales, avait décidé que toutes les terres – découvertes ou à découvrir – situées à l'est d'un méridien passant à 400 km à l'est des Açores reviendraient aux Portugais, toutes celles se trouvant au-delà allant aux Espagnols (1493). Ce partage du globe, en l'état des connaissances géographiques de l'époque, revenait à « laisser » l'Afrique et l'Orient au Portugal, tandis que l'Espagne seule s'approprierait le Nouveau Monde. Le traité de Tordesillas (1494) reporta de plus d'un millier de kilomètres la démarcation, conférant ainsi à Jean II de Portugal la possession du Brésil. Théoriquement exclus du partage du monde, mais passés à la Réforme au xvie s., Anglais, Hollandais et Suédois ne reconnaissent pas l'autorité de la bulle pontificale : au tournant du xviie s., ils s'emploient à fonder, dans les Indes occidentales, des comptoirs et des établissements qui prennent rapidement la forme de colonies – Jamestown en Virginie à partir de 1607, Nouvelle-Angleterre dès 1620, Nieuw Amsterdam, fondée en 1626 et devenue New York en 1664 en passant sous contrôle anglais. Les Français ne sont pas en reste ; bien que fidèles au catholicisme, les rois de France ont élaboré, au xvie s., une théorie et une pratique de l'État au sein desquelles le politique prime sur les allégeances à Rome. François Ier lance Giovanni da Verrazzano à la découverte du Nouveau Monde ; celui-ci reconnaît l'actuelle baie de New York, en 1524 Jacques Cartier explore de son côté le Canada. Au début du xviie s., Samuel de Champlain fonde les premières « habitations » françaises (1608), autour du Saint-Laurent, au Québec. Richelieu puis Colbert favorisent ces menées coloniales. À la fin du xviie s., à l'exception des possessions espagnoles de Floride, les deux puissances française et anglaise se partagent la façade atlantique et une partie des terres de l'Amérique du Nord.

Les Anglais dominent, dès la seconde moitié du xviie s., la côte occidentale, depuis les deux Carolines jusqu'au Maine, tandis que les Français, beaucoup moins nombreux (ils sont 15 000 en 1700, contre 250 000 ressortissants britanniques), colonisent les rives du Saint-Laurent et construisent des forts à l'intérieur des terres, vers les Grands Lacs et le Mississippi, encerclant les établissements anglais. Dans le Nord, au contraire des Espagnols et des Portugais, qui pillent les trésors indigènes, exploitent les abondantes ressources minières ou font travailler la terre aux Indiens, les Français et les Anglais pratiquent directement l'agriculture, la pêche, le travail du bois, ou commercent avec les autochtones – ils achètent essentiellement des fourrures. Dans les colonies anglaises du Sud, cependant, comme dans les Antilles ou en Amérique latine, la traite des Noirs se développe. Bénéficiant de l'apport d'immigrants de la métropole et des pays germaniques, les établissements britanniques prospèrent ; le rapport des forces démographiques leur est plus que jamais favorable : 1,5 million d'habitants en 1760, contre moins de 70 000 dans la Nouvelle-France. Cette situation aidant, les conflits européens de la fin du xviie et du xviiie s., qui trouvent un prolongement sur le continent nord-américain, aboutissent finalement à la perte par la France de ses possessions. À l'issue de la guerre de Sept ans (traité de 1763), la Nouvelle-France devient possession anglaise.

Le temps de l'indépendance

La protection de ses territoires des Indes occidentales a un coût que la Grande-Bretagne entend faire financer par les colons. Londres impose, sans consultation des populations intéressées, une série de taxes sur les biens, ce qui suscite la colère des Américains et accroît leur désir d'autonomie. Des incidents ont lieu, qui opposent soldats anglais et colons. L'indépendance, proclamée par les 13 colonies en 1776, est acquise en 1783, à l'issue d'une guerre contre l'Angleterre, gagnée en partie grâce à l'aide de la France. Ainsi naissent les États-Unis d'Amérique, tandis que les anciennes possessions de Nouvelle-France – le Canada – restent sous l'autorité britannique, pour évoluer lentement vers un gouvernement autonome effectif à partir de 1867. Les États-Unis achètent la Louisiane en 1803, obtiennent la Floride en 1819, s'emparent du Texas en 1845, acquièrent l'Oregon en 1846, puis, par la voie des armes, arrachent à la Fédération mexicaine la Californie, l'Arizona, le Nouveau-Mexique et le Nevada (1848) ; enfin, ils achètent l'Alaska à la Russie en 1867. Les pionniers colonisent l'ouest du sous-continent jusqu'à la Californie, chassant les Indiens, tandis que, dans les ports de l'Atlantique, débarquent de nombreux immigrants venus d'Europe. Pendant cette période, le Canada s'étend lui aussi jusqu'au Pacifique.

Le temps de l'hégémonie

La guerre de Sécession déchire les États-Unis entre 1861 et 1865, la victoire du Nord assurant celle de la croissance industrielle. À la veille de 1914, le pays est devenu la première puissance économique de la planète, position qu'il renforcera par la suite. Dès lors, malgré de fortes tentations isolationnistes, il ne peut se désintéresser du cours du monde. Après une participation décisive dans le premier conflit mondial, il engage toutes ses forces dans la Seconde Guerre mondiale, puis se pose en champion du « monde libre » face au bloc soviétique. La fin définitive de la guerre froide, en 1991, l'a depuis placé dans la position de « gendarme du monde ».

L'interventionnisme des États-Unis est plus ancien à l'échelle du continent américain. Depuis l'indépendance de la plupart des pays d'Amérique latine, les États-Unis ont fait de l'ensemble du continent leur chasse gardée, déniant aux puissances européennes tout droit d'ingérence dans la région (doctrine développée par le président James Monroe, en 1823, et complétée dans un corollaire de 1904 signé par Theodore Roosevelt) : les pays d'Amérique centrale et les îles des Caraïbes deviennent le domaine réservé de leur puissance. C'est ainsi que les États-Unis s'opposent aux visées françaises sur le Mexique, en 1867, participent à la guerre d'indépendance des Cubains contre les Espagnols, en 1898, contribuent à la création de la République de Panamá, dont ils contrôlent le canal, à partir de 1902. Qu'elle s'appelle « politique du gros bâton » (usage des armes) ou « politique de bon voisinage » (domination économique), l'ingérence américaine depuis le Mexique jusqu'aux trois Guyanes est patente : occupation militaire de Cuba (1912-1933), d'Haïti (1915-1934), de la République dominicaine (1916-1934), du Nicaragua (1926-1932), contrôle des principales productions de ces pays par des firmes américaines.

L'Organisation des États américains (O.E.A.), créée en 1948, s'inscrit dans la logique de la guerre froide et cherche à renforcer politiquement les liens économiques et financiers des pays membres, pour faire barrage à l'influence de l'U.R.S.S., supposée soutenir les mouvements de guérilla des pays du Sud. Les États-Unis agissent indirectement pour renverser le gouvernement réformateur de Jacobo Arbenz au Guatemala (1954), contribuent à la chute du populiste Juan Perón en Argentine (1955) et soutiennent des régimes militaires alliés. La révolution cubaine, qui chasse en 1959 le dictateur Fulgencio Batista, est perçue comme une menace par les États-Unis. De fait, après l'échec du débarquement américain de la baie des Cochons (1961), le régime de Fidel Castro s'aligne sur Moscou ; pour contrer cette influence russe en Amérique latine, les États-Unis élaborent aussitôt un plan d'« Alliance pour le progrès », programme d'aide technique et financière, qui servira essentiellement à soutenir les régimes autoritaires du continent et à combattre les menaces de subversion que les guérilleros, motivés par l'exemple cubain, font peser sur eux. C'est ainsi que les États-Unis, alliés des dictatures d'Amérique du Sud, aident au renversement du gouvernement de Salvador Allende au Chili, en 1973, et soutiennent les contras contre le pouvoir sandiniste du Nicaragua, de 1980 à 1989.

La fin de l'U.R.S.S., en 1991, bouleverse la politique des États-Unis, qui semblent désormais appuyer la transition démocratique de l'ensemble des régimes latino-américains, amorcée depuis les années 1980, et faire le jeu de l'intégration économique : l'« Initiative pour les Amériques » de George H. W. Bush, en 1990, vise à mettre sur pied un grand marché de l'Alaska à la Terre de Feu ; elle se concrétise en 1994 par la conclusion de l'A.L.E.N.A. (Accord de libre-échange nord-américain) qui place le Mexique dans l'orbite économique nord-américaine – le sauvetage du peso mexicain, en 1995, en étant la première conséquence. Parallèlement sont engagés le « Plan de paix pour l'Amérique latine » (1992) et l'intervention à Haïti pour restaurer le pouvoir de Jean-Bertrand Aristide, pourtant fortement marqué à gauche (1994-1995). En 2000, les États-Unis décident d'octroyer une aide militaire importante pour la mise en œuvre du volet sur la lutte contre le trafic de drogue du plan Colombie, lancé en 1998 par le président Pastrana et comprenant en outre trois autres volets, le développement économique et social, le renforcement des institutions et les négociations de paix avec les guérillas.

Vers une hégémonie de plus en plus contestée ?

Les attentats du 11 septembre 2001 accentuent le tournant pris dans les relations que les États-Unis entretiennent avec le reste du continent : l’emprise exercée par Washington sur son arrière-cour se relâche un peu plus encore, au profit d’une attention et d’interventions renforcées aux Proche et Moyen-Orient (Orient arabe). C’en est d’ailleurs au point qu’Ottawa exprime son refus de participer à l’opération militaire en Iraq en 2003 puis, malgré l’envoi de forces canadiennes de pacification et un rapprochement politique entre les deux capitales, finit par envisager unilatéralement, en 2009, un retrait de ses troupes basées en Afghanistan pour l’horizon 2011.

Par ailleurs, même si les relations économiques et humaines entre les États-Unis et leurs partenaires du continent demeurent intenses, George W. Bush peine à finaliser la Zone de libre échange des Amériques (Z.L.E.A.) que son père escomptait réaliser, et doit au mieux se contenter, tout comme les autorités canadiennes, de signer au cas par cas des traités de libre-échange bilatéraux (avec le Chili en 2002, le Costa Rica, le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua, le Salvador et la République dominicaine en 2004, ou encore la Colombie et le Pérou en 2006), quitte du reste à renoncer brutalement à la poursuite des négociations (comme avec l’Équateur en 2006). Il est vrai que le projet d’extension de l’A.L.E.N.A. à tout le continent rencontre désormais l’hostilité de la plupart des pays concernés et tout particulièrement l’obstacle des zones de commerce interrégional déjà instituées (ainsi de la Communauté andine des nations (C.A.N.), qui regroupe la Colombie, le Pérou, l’Équateur et la Bolivie, et que le Venezuela de Hugo Chávez quitte en 2006 pour rejoindre le puissant Mercosur autour du Brésil, de l’Argentine, de l’Uruguay, et du Paraguay), ou nouvellement créées pour faire précisément barrage aux menées de Washington, à l’instar de l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (A.L.B.A.) lancée par H. Chávez et F. Castro en 2005, et élargie par la suite, entre autres, au Nicaragua, à la Bolivie, à la République dominicaine, au Honduras et à l’Équateur). La démocratisation des pays du Sud et le relâchement du contrôle exercé par les États-Unis à partir des années 1980, et surtout 1990 et 2000 trouvent progressivement une traduction dans les urnes et de fait bientôt de multiples formes d’expression politique dans toute la zone concernée. Dès 1998, l’élection à la présidence vénézuélienne de H. Chávez annonce une poussée à gauche du continent, que l’arrivée au pouvoir de Luiz Inácio Lula da Silva au Brésil en 2002, de Néstor Kirchner en Argentine en 2003 ou encore de Tabaré Vázquez en Uruguay en 2004 confirme, avant que la vague de l’alternance n’atteigne au cours de la décennie la quasi-totalité des États, en une sorte de manifestation de défiance voire d’indépendance que les peuples latino-américains chercheraient à adresser au grand voisin du Nord. À la fin des années 2000, seuls quelques pays d’Amérique centrale et la Colombie restent dominés par des gouvernements nettement marqués à droite et alignés sur Washington. L’option réformiste de gauche et social-démocrate trouve un porte-parole en la personne de Lula, réélu très facilement en 2006 dans un Brésil de plus en plus central et autonome, cependant que H. Chávez prend la tête d’une opposition plus frontale à la politique d’ingérence et au néolibéralisme qu’il associe aux États-Unis, cherchant avec les traditionnels « frères » Cubains, mais aussi ses nouveaux alliés bolivariens, nicaraguayens, et équatoriens à faire contre-poids à l’influence toujours forte du grand voisin. Ce climat de fronde contraint finalement G. W. Bush à accepter de rabattre de ses prétentions quant à la détermination de l’évolution de ces pays. Son successeur Barack Obama prend acte de la distance qui sépare les différents acteurs continentaux, et propose d’en finir avec l’obsession cubaine des précédentes administrations en prônant un assouplissement des relations avec l’île. Lors du sommet des Amériques d’avril 2009 à Trinité-et-Tobago, il va plus loin encore en mettant en scène la nouvelle volonté des États-Unis de traiter – théoriquement – d’égal à égal avec leurs interlocuteurs.

L'Amérique latine

L'Amérique préhispanique

L'Histoire de l'Amérique latine est d'abord celle des civilisations préhispaniques, dont les deux foyers principaux ont été le foyer mexicain du Sud (Toltèques, Aztèques, Mayas) et le foyer de Cuzco (Incas).

La conquête européenne

Elle commence en 1519. L'Espagnol Hernán Cortés débarque au Mexique ; il soumet la confédération aztèque et conquiert le pays. À son tour, en Amérique du Sud, Francisco Pizarro réussit à se rendre maître de l'Empire inca (1530-1532). La conquête espagnole se parachève en moins de trente ans. Selon des voies un peu différentes, les établissements portugais sont implantés au Brésil à partir de 1530.

Au milieu du xvie s., à l'exception du sud du Chili, une société coloniale est partout mise en place dans le Nouveau Monde espagnol, et cela pour trois siècles. Les Amérindiens voient leurs meilleures terres confisquées au profit de la constitution des grands domaines, régis par l'encomienda (institution par laquelle un conquérant recevait de la Couronne le droit d'utiliser le travail d'un groupe d'Indiens, qu'il devait, en échange, évangéliser). Les mines d'or et d'argent sont mises en exploitation tandis que se développe l'économie de plantation. Le choc de la conquête est non seulement militaire et culturel, mais aussi biologique : les épidémies sont à 75 % responsables de l'effondrement de la démographie indienne. La main-d'œuvre indigène, décimée, est remplacée par des esclaves noirs. L'évangélisation, confiée aux ordres religieux, échoue à faire des Amérindiens des citoyens à part entière de l'Empire. À la fin du xviiie s., les possessions espagnoles connaissent une prospérité dont les principaux bénéficiaires sont les riches familles créoles et espagnoles.

Le temps des indépendances

L'émancipation des anciennes colonies et le morcellement politique se réalisent entre 1808 et 1825. Progressivement, le vaste empire colonial d'Amérique échappe à l'Espagne, et le Brésil se sépare du Portugal en 1822. Les désaccords sont multiples entre les nouveaux États indépendantsBolívar, qui avait rêvé d'une vaste fédération des pays de langue espagnole, doit renoncer à son projet au Congrès de Panamá, en 1826.

Seize États indépendants – des républiques dont les Constitutions s'inspirent des exemples nord-américain et français – émergent des ruines des possessions espagnoles, auxquels s'ajoute l'Empire brésilien, où la république sera proclamée plus tardivement, en 1891.

Les généraux qui avaient mené les guerres d'indépendance s'imposent d'abord au pouvoir (« caudillisme »), puis les régimes évoluent vers des dictatures civiles, baptisées présidentialismes, qui n'excluront jamais tout à fait les dictatures militaires.

C'est que, dépourvues de toute tradition politique, fortement encadrées par l'Église et les notables locaux (les caciques), prises dans des réseaux de clientélisme, les populations sont incapables d'imposer un jeu démocratique réel. Les gouvernements représentatifs sont accaparés par des oligarchies qui, lors des fréquentes et vives périodes de tensions sociales, se sentant menacées, confient le pouvoir aux militaires.

Affaiblie par l'instabilité politique, l'Amérique latine se déchire aussi en conflits frontaliers : guerre du Brésil contre l'Argentine (1851-1852), guerre du Brésil, de l'Argentine et de l'Uruguay contre le Paraguay (1865-1870), guerre du Pacifique opposant le Pérou et la Bolivie au Chili (1878-1883) et, plus récemment, guerre du Chaco entre la Bolivie et le Paraguay (1928-1935).

L'époque contemporaine

Bâties sur la grande propriété foncière et la production de matières premières, les économies des pays d'Amérique du Sud restent fragiles – la crise de 1929 est à ce titre révélatrice –, tandis que leurs sociétés demeurent très inégalitaires, la majorité rurale y étant fortement défavorisée. Seul le Mexique a réalisé, après la révolution de 1911, une réforme agraire d'envergure et mis sur pied un programme de développement interne. Cet exemple, ajouté à la fondation, dans ce même pays, de l'Alliance pour la révolution en Amérique (A.P.R.A.), par le Péruvien Víctor Raúl Haya de la Torre, en 1928, contribue à faire émerger, à la faveur de la récession des années 1930, des gouvernements populistes qui s'appuient sur les masses et cherchent à les faire entrer dans la vie politique. Leurs programmes prévoient de redistribuer les richesses et notamment la propriété foncière, de planifier la croissance, de donner la priorité au développement national par le recours au protectionnisme et la diminution des importations. Ils flattent les sentiments de la population, en dénonçant l'impérialisme occidental, américain notamment. Ainsi Getúlio Vargas domine-t-il le Brésil de 1930 à 1945, puis de 1950 à 1954, Juan Perón, l'Argentine de 1946 à 1955, Víctor Paz Estenssoro, la Bolivie de 1952 à 1956 et de 1960 à 1964. Mais les politiques qu'ils mènent se retournent en définitive contre les populations qui les ont portés au pouvoir : les hausses de salaires initialement concédées alimentent un cycle d'hyperinflation qui frappe les plus défavorisés. Les tensions sociales s'aggravent et les élites traditionnelles, menacées par les réformes, se tournent à nouveau vers les militaires, dont elles appuient les coups d'État. Au Chili, après le gouvernement chrétien-démocrate d'Eduardo Frei (1964-1970), qui a infléchi sa politique dans un sens populiste, le socialiste modéré Salvador Allende arrive au pouvoir, avec une coalition de gauche qui comprend des communistes, mais il est bientôt renversé par le coup d'État du général Pinochet (1973). De fait, dans les années 1960 et 1970, l'ensemble des pays latino-américains est dominé par la dictature militaire (à partir de 1962 en Argentine, au Pérou, au Guatemala ; à partir de 1963 en Équateur, en République dominicaine, au Honduras ; à partir de 1964 au Brésil, en Bolivie ; plus tardivement au Chili (1973) et en Uruguay (1976).

Depuis le début des années 1980, les régimes d'Amérique latine se démocratisent, pour des raisons multiples : effet de la diplomatie des droits de l'homme de Jimmy Carter, renforcement des oppositions, contrecoup de la récession mondiale du début de la décennie, qui fragilise les économies du continent et délégitime les pouvoirs en place, crises de la dette et hyperinflation qui contribuent plus encore à les déconsidérer, fin de la menace soviétique qui, hors Cuba, désormais isolée, laisse le champ continental ouvert à l'influence nord-américaine. Au milieu des années 1990, tous les régimes d'Amérique centrale et du Sud se sont démocratisés, tandis que les îles des Caraïbes semblent, plus lentement, et non sans difficulté, suivre la même évolution. Certes, les dérives présidentialistes demeurent fortes (présidences de Carlos Menem de 1989 à 1999 en Argentine, d'Alberto Fujimori de 1990 à 2000 au Pérou, de Hugo Chávez depuis 1999 au Venezuela). Si les mouvements de guérilla ont perdu leurs soutiens soviétique, est-européen, voire cubain, ils restent cependant présents et actifs, reconvertis dans le trafic de drogue, les alliances mafieuses, ou réémergeant à la faveur des crises sociales locales (au Pérou, Sentier lumineux et Túpac Amaru au cours des années 1980 et 1990 ; au Mexique, mouvement du Chiapas en 1995 ; etc.). Ressurgissent également les questions frontalières : guerre du « football » entre le Honduras et le Salvador en 1969, conflit entre le Pérou et l'Équateur en 1992, tensions entre la Colombie et le Venezuela en 1996.

Aujourd'hui, le continent semble plus stable. L'Amérique centrale, plongée dans la guerre civile durant les années 1980 (notamment au Salvador et au Nicaragua), a connu des processus de réconciliation nationale réussis. Devant la gravité de la situation, un certain nombre de pays latino-américains ont tenté d'élaborer des solutions diplomatiques communes : dès 1983, le groupe de Contadora – Panamá, Colombie, Mexique et Venezuela – cherche à promouvoir une solution négociée en Amérique centrale, ses initiatives bénéficiant de l'appui du groupe de Lima – Argentine, Brésil, Pérou, Uruguay – à partir de 1985. Un premier plan de paix qui regroupe le Guatemala, le Costa Rica, le Honduras, le Nicaragua et le Salvador est accepté par les États-Unis, en 1989, quand le gouvernement sandiniste accepte d'organiser des élections libres. Un accord politique est ensuite trouvé, en 1991, entre la guérilla du Front Farabundo Martí et le gouvernement du Salvador. De même, lors de la guerre entre le Pérou et l'Équateur, le groupe de Rio s'efforce d'intervenir en médiateur (1992). La signature d'un accord de paix entre les deux pays, en octobre 1998, est l'aboutissement de ces efforts, mettant ainsi fin à plus d'un demi-siècle de querelles frontalières. Avec les entreprises régionales de rapprochement économique et commercial, ces récentes initiatives diplomatiques contribuent à constituer une identité latino-américaine, fondée sur la démocratie et la concertation. Mais ces avancées, effectuées en ordre dispersé, restent cependant sous l'influence des États-Unis.

→ Amérique latine, Canada et États-Unis.

À partir de la fin des années 1990, l’emprise du grand voisin du Nord semble devoir se faire toujours moins forte. D’une part, malgré de nombreux à-coups illustrés par la sévère crise de l’Argentine au tournant des années 2000, les différentes économies bénéficient de l’essor des exportations et des fruits d’une croissance certes bien souvent toujours aussi inégalitaire mais incontestablement plus endogène, comme en atteste l’émergence du Brésil en tant que nouvel acteur de premier plan dans le concert des puissances internationales. De plus, l’ambition des États-Unis de George W. Bush réaliser la Zone de libre échange des Amériques (Z.L.E.A.) n’aboutit qu’à la signature au cas par cas de traités bilatéraux (avec le Chili en 2002, des États d’Amérique centrale et caribéenne en 2004, la Colombie et le Pérou en 2006). À l’inverse, et parallèlement, les pays du Sud renforcent autant leurs propres structures d’intégration régionale (notamment par la consolidation du Mercosur ou la constitution alternative de l’Alliance bolivarienne pour les Amériques, A.L.B.A., de Hugo Chávez et Fidel Castro à partir de 2005) que les relations qu’ils nouent avec d’autres partenaires, comme l’Europe, mais aussi le Japon et la Chine, selon un schéma qui rééquilibre les rapports commerciaux intracontinentaux dans un sens a priori plus favorable à leurs intérêts.

Dans le domaine politique aussi, les pays d’Amérique latine semblent gagner ou du moins accroître significativement leur autonomie vis-à-vis de Washington. La vague de gauche qui, depuis l’arrivée en 1998 à la tête du Venezuela de H. Chávez (reconduit en 2000 et 2006), finit par emporter à la fin de la décennie 2000 la quasi-totalité du continent à l’exception essentiellement de quelques États de l’isthme ou de la Colombie en témoigne : l’élection suivie de la réélection de Lula da Silva au Brésil en 2002 et 2006, celle de Néstor puis de Cristina Kirchner en Argentine en 2003 et 2007, le basculement historique de l’Uruguay en 2004 avec le succès de Tabaré Vazquez, la victoire en Bolivie en 2005 d’un Amérindien radical en la personne d’Evo Morales (reconduit en 2009) et d’une socialiste (Michelle Bachelet) au Chili en 2006, ou encore celles de Rafael Correa en Équateur en 2006, du sandiniste Daniel Ortega la même année au Nicaragua, d’Alvaro Colom au Guatemala en 2008 ou de Mauricio Funes au Salvador en 2009 montrent de toute évidence que les peuples latino-américains entendent signifier par les urnes au grand voisin du Nord une prise manifeste de distance pour ne pas dire un message d’indépendance. Si nombre de ces nouveaux dirigeants, à l’image de Lula dont il fait en quelque sorte office de porte-parole, s’avèrent par leur pratique du pouvoir plutôt réformistes, ils n’en sont pas moins attachés à rejeter toute idée d’alignement, cependant que d'autres (E. Morales, D. Ortega, R. Correa, Fidel et Raúl Castro notamment), rassemblés autour de la figure de H. Chávez et de son projet d’initiative bolivarienne, expriment de façon plus spectaculaire le refus jusque-là incarné par Cuba de la tutelle et du modèle économique et social que les États-Unis leur paraissent vouloir imposer au continent. Aussi, prenant acte de ces évolutions, c’est à une Amérique centrale et latine beaucoup plus jalouse de son pré carré et soucieuse de ses intérêts que Barack Obama, à son entrée en fonction, donne le sentiment de tendre la main, dans un partenariat renouvelé, et marqué par davantage d’égalité. Pour quels résultats ?