Grèce : art et architecture de la Grèce antique

Frise des Panathénées
Frise des Panathénées

L’expression « art grec ancien » est réservée traditionnellement à l’art qui fleurit dans les cités grecques de Grèce et des côtes d’Asie Mineure ainsi que dans leurs colonies (Sicile et Italie du Sud) à partir du xie siècle avant notre ère. Auparavant, l'art mycénien s'est développé de 1500 à 1200 av. J.-C., notamment autour des centres de Mycènes et de Tyrinthe, qui relève d’une civilisation très différente. À partir du ive siècle avant J.-C., avec les conquêtes d’Alexandre le Grand et l’extension de la civilisation grecque, on qualifie d’« hellénistique » l'art grec ancien qui en résulte.

1. Les origines

1.1. L’art géométrique (xie-vie siècle av. J.-C.)

Après la disparition de la civilisation mycénienne, la Grèce développe, dans un monde politique entièrement nouveau, un art dont on a défini les caractéristiques grâce à la céramique : on y emploie presque exclusivement des motifs géométriques – cercles ou demi-cercles, lignes brisées, chevrons, méandres, grecques, triangles hachurés.

L’art géométrique atteint sa perfection au viiie siècle avant J.-C., avec des motifs plus nombreux, où figurent des figures humaines et des animaux, peints en silhouette noire sur fond clair. Les cimetières – comme celui du Dipylon, aux portes d’Athènes, où l’on trouve les exemples les plus achevés de ce style – ont fourni des amphores et des cratères (vases parfois utilisés comme urnes funéraires) sur lesquels, au milieu de motifs géométriques, apparaissent des poissons, des oiseaux, ainsi que des scènes de la vie aristocratique des Eupatrides : exposition du mort sur un lit de parade, entouré de pleureuses, chars attelés de chevaux, défilés de guerriers, combats navals, chasses.

À côté de la céramique, les autres arts connus n’occupent qu’une place mineure. De l’architecture il ne reste pratiquement rien que les fondations en petites pierres de temples ou de maisons. Les tombes ont livré quelques rares bijoux. La sculpture fait son apparition avec quelques statuettes en terre cuite et surtout des œuvres en bronze : armes décorées, chaudrons et trépieds, figurines d’animaux et représentations humaines.

1.2. L’art orientalisant et l’art archaïque (fin du viiie-viie siècle av. J.-C.)

Dans le dernier quart du viiie siècle avant J.-C., l’art grec abandonne les motifs géométriques pour une inspiration plus naturaliste. Le travail du bronze, de la pierre et de la céramique fait des progrès considérables. Ce foisonnement culturel se produit en un siècle très important pour le monde grec, qui voit s’affirmer la cité comme forme d’organisation politique et qui noue des relations plus étroites dans le bassin Méditerranéen. Les objets orientaux (ivoires, bronzes, tissus) qui arrivent désormais en nombre constituent de nouvelles formes d’inspiration.

La céramique à figure noire

Le premier style orientalisant apparaît à Corinthe. Le décor des vases se renouvelle : des motifs floraux (fleurs de lotus, palmettes, rosettes), des animaux (chiens courants, lions, chèvres) ou des animaux fantastiques (sphinx essentiellement) remplacent les dessins géométriques. Les représentations humaines (guerriers, chasseurs à pied ou à cheval) sont de plus en plus fréquentes. En même temps, la technique de la figure noire est mise au point : les sujets sont entièrement peints en noir sur fond clair ; les détails anatomiques sont indiqués par des incisions ; des rehauts rouge et blanc complètent le dessin.

À partir de 650 se développe un style où des files d’animaux (bouquetins, taureaux, lions) décorent la panse des vases. Dans chaque cité, on trouve des ateliers spécialisés. À Rhodes (nécropole de Fikellura), les vases sont souvent décorés d’animaux (perdrix ou lièvres) pris sur le vif. À Chio, on fabrique des calices de forme très élégante. Clazomènes donne de grands sarcophages de terre cuite sur lesquels sont peintes des scènes de bataille, des chasses. Mais c’est la céramique de l'Attique qui impose les modèles les plus aboutis, offrant des scènes mythologiques, des figures humaines, dans un souci de précision anatomique caractéristique (Vase François, Musée archéologique, Florence). À partir de 550 avant J.-C., on assiste à l’éclosion de l’œuvre de maîtres comme Exékias ou Andokidès.

La sculpture en pierre

La sculpture, en pierre ou en bronze, est l’expression majeure du génie artistique grec. Offrande consacrée dans un sanctuaire ou sur une tombe, c’est par elle que l’homme et la cité manifestent leur piété envers leurs dieux.

La statuaire du viie siècle avant J.-C. est traditionnellement qualifiée de « dédalique », d’après le nom du mythique sculpteur Dédale. Elle connaît une expression monumentale dans l’allée des Lions, sur l’île de Délos. Le modèle pour la figure humaine est debout, les bras collés au corps, la tête triangulaire (Dame d’Auxerre).

Au vie siècle avant J.-C., deux figures s’imposent : le kouros, jeune athlète nu, et la korê, jeune fille revêtue de ses plus beaux atours. De magnifiques illustrations des deux types ont été mises au jour, comme les Jumeaux d’Argos, ou bien l’ensemble des korês de l’Acropole (paradoxalement conservées parce qu’à la suite des destructions des Perses en 480 avant J.-C. elles furent enfouies dans une fosse). L’une des plus belles fut réalisée par Anténor : on peut y voir l’aboutissement de recherches vers plus de mouvement et de réalisme au sein de créations très statiques. Si la ronde-bosse fixe les personnages dans une attitude intemporelle, les reliefs sculptés des temples participent quand à eux à un art du récit, illustrant un instant précis d’une légende (voir ci-dessous : « Architecture : les deux ordres »).

La sculpture en métal

Les arts du métal occupent également une grande place dans l’art archaïque. Les bronziers du Péloponnèse ou d’Ionie rivalisent pour produire des vases dont la forme est d’une grande hardiesse technique et qui comportent des décors complexes (Cratère de Vix, vers 525 avant J.-C.).

La monnaie, pour sa part, apparaît en Lydie vers 650-630 avant J.-C. et se répand en Grèce à partir de 600 avant J.-C. Les graveurs créent d’emblée des chefs-d’œuvre inégalés en utilisant des motifs et un relief parfaitement adaptés au cadre limité dont ils disposent.

Architecture : la structure primitive

La société est désormais assez organisée pour construire de vastes sanctuaires religieux, qui se développent en des lieux consacrés par les légendes. La demeure du dieu présente des analogies avec le mégaron mycénien, auquel les exigences du culte font parfois ajouter des éléments nouveaux, comme le mystérieux adyton (lieu où il est interdit de pénétrer), dans lequel la pythie prophétise à Delphes.

À l’extérieur du temple, le plus souvent face à l’entrée principale, à l’est, s’élève l’autel des sacrifices. Tout autour se dressent souvent des portiques et des chapelles – nommées « trésors » – édifiées par des cités qui y rassemblent des offrandes.

C’est au viie siècle que les Grecs, désireux peut-être de rivaliser avec les imposants temples orientaux et égyptiens, et plus sûrs de leurs techniques, commencent à édifier de grands temples. Les colonnes qui étaient disposées à l’intérieur du temple et servaient à soutenir le toit, enveloppent désormais le bâtiment ; jusque-là en bois, elles sont désormais taillées dans la pierre. Le temple s’habille d’un décor somptueux, en pierre ou en marbre.

Architecture : ordre ionique et ordre dorique

Vers la fin du vie siècle avant notre ère apparaissent les deux premiers ordres entre lesquels vont se répartir les temples grecs (un 3e apparaît au ive siècle : voir 2.1).

— L’ordre ionique (très grands temples d’Artémis à Éphèse, d’Héra à Samos, de l’Olympieion d’Athènes) est élancé, élégant. La colonne, aux cannelures profondes, est posée sur une base, le chapiteau encadré de deux volutes. La colonnade est surmontée d’une frise souvent sculptée.

— L’ordre dorique (temple d’Héra à Olympie, premier temple d’Apollon à Delphes, temple d’Apollon à Corinthe et temples d’Agrigente, de Sélinonte et de Paestum, en Italie et en Sicile), plus ancien, est par opposition plus trapu, plus dépouillé. La colonne, aux cannelures moins profondes, ne comporte pas de base. Le chapiteau, composé d’un coussinet et d’une abaque rectangulaire, est fonctionnel. La frise est faite d’une alternance de triglyphes et de métopes portant un décor peint ou en relief.

Dans les deux ordres, le fronton peut être orné de reliefs ou de statues en pied. Dans les temples doriques, le récit mythique peut être sculpté sur les métopes et ainsi morcelé en une série de petits tableaux. Dans les temples ioniques, sculpté sur la frise qui court en continu au-dessus de la colonnade, le récit atteint une plus grande ampleur.

2. L’art classique (vie-ive siècle avant J.–C.)

2.1. Épanouissement de l’architecture

L’itinéraire qui conduit des temples archaïques au Parthénon d'Athènes comprend deux étapes encore : celles que marquent le temple d’Athéna Aphaia à Égine, dont les colonnes plus légères et les proportions plus équilibrées annoncent un canon nouveau, et, surtout, le temple de Zeus à Olympie. C’est dans cet édifice que se manifeste pour la première fois la recherche d’un volume intérieur et que l’architecte et le sculpteur s’efforcent d’obtenir des effets esthétiques en conjuguant les pierres de diverses sortes. C’est à Olympie aussi que des lignes, droites jusqu’alors, semblent avoir été incurvées pour le plaisir de l’œil – subtiles corrections visant à atténuer la sécheresse d’une construction jugée trop géométrique.

Le Parthénon (ve siècle avant J.-C.), œuvre commune de l’architecte Ictinos et du sculpteur Phidias, est le chef-d’œuvre ultime de l’ordre dorique (l’ordre ionique, dont on trouve d’ailleurs des éléments dans le Parthénon, l’emporte ensuite). Il n’est toutefois qu’un élément d’un riche ensemble, l’Acropole d’Athènes.

Au ive siècle avant J.-C., l’énergie des bâtisseurs se dirige vers la ville elle-même. La mise en œuvre d’un urbanisme nouveau traduit le souci de mieux organiser la vie dans l’enceinte de la polis (la cité) : en plus des temples, les puissantes murailles, les grands théâtres de pierre (Épidaure) sont quelques-unes des réalisations les plus spectaculaires de l’architecture grecque classique.

Le Péloponnèse voit l’apparition d’un troisième ordre architectural, l’ordre corinthien (temple d’Aléa à Tégée, Némée), qui sera adopté dans toute la région.

2.2. La sculpture entre archaïsme et classicisme

Parmi les plus beaux vestiges de l’archaïsme finissant, les deux frontons du temple d’Égine se démarquent. Jean Charbonneaux fait du fronton ouest : « en quelque sorte le testament éclectique de l’archaïsme ». Le fronton est, lui, ouvre la voie à l’art classique. Tous deux dégagent une atmosphère de sérénité, de beauté et d’harmonie.

Le renouveau qui pointe au ive siècle avant J.-C. se caractérise par la recherche du réalisme dans les attitudes, les drapés ou l’expression. Les traits du visage dépeignent les sentiments animant le sujet, le mouvement gagne en liberté et en naturel.

Athènes

La fin du vie siècle avant J.-C. voit s’instaurer dans le domaine de la sculpture (comme dans celui de la peinture) une véritable prééminence athénienne. Celle-ci s’exprime en bien des lieux, tant par l’influence que par la présence d’artistes de l’Attique. Les métopes du trésor des Athéniens à Delphes ou le fronton du temple d’Apollon à Érétrie témoignent de la virtuosité des sculpteurs d’Athènes.

Le volume et la vie

Dans la première moitié du ve siècle avant notre ère, on passe du type du kouros immobile à celui de l’éphèbe alangui. Le corps humain se libère de ses contraintes. Simultanément, le sourire stéréotypé de l’époque archaïque s’efface pour laisser place à une expression calme et songeuse. Le style « sévère » est celui des débuts du classicisme : son modèle le plus connu est le célèbre Aurige de Delphes : dressé sur son char, le jeune homme, légèrement tourné vers la droite, jette un regard plein d’une tranquille assurance sur le public venu l’applaudir.

Les maîtres

Trois sculpteurs marquent le ve siècle avant J.-C. : Myron, auteur du fameux Discobole, Polyclète et Phidias. Ce dernier, le plus fécond, est aussi le plus célèbre dans l’Antiquité. Auteur des deux statues chryséléphantines de Zeus à Olympie et d’Athéna à Athènes (aujourd’hui disparues), il dirige l’élaboration du décor sculpté du Parthénon.

Y domine l’expression du mouvement, dans la frise des Panathénées en particulier. Et dans les ensembles décorant les frontons – compositions grandioses à gloire de la déesse tutélaire de la cité – les acteurs se meuvent dans un univers plus proche de la condition humaine que les héros très idéalisés des frontons d’Olympie.

Un renouvellement des formules classiques définit le second classicisme (ive siècle), qui voit la renaissance de divers ateliers régionaux. Athènes reste un foyer important, notamment avec Praxitèle, qui introduit un nouveau canon dans les proportions humaines (Aphrodite de Cnide).

2.3. La céramique à figures rouges

Une technique nouvelle

La grande époque de la céramique grecque se situe entre 530 et 480 avant J.-C. environ, alors que s’impose la technique des fonds noirs décorés de figures rouges. Le rendu des formes, de la musculature, des tissus atteint une perfection nouvelle. Durant cette période, les inscriptions se multiplient sur les vases, célébrant la beauté de jeunes éphèbes et surtout nous transmettant le nom des meilleurs artistes.

On connaît ainsi plusieurs dizaines de peintres de premier plan, dont les œuvres nous sont conservées dans un état de fraîcheur parfaite. Dans ce domaine encore, dès le vie siècle avant J.-C. et durant les deux premiers tiers du ve siècle avant J.-C., la prééminence des artistes attiques est totale et incontestée, au point que la production des ateliers athéniens éclipse toute concurrence.

Les maîtres

Euphronios, l’un des plus grands peintres de la fin du vie siècle avant J.-C., excelle dans la description du corps des athlètes ou des héros. On a comparé à une planche anatomique la scène d’un cratère représentant la lutte d’Héraclès et du géant Antée. La variété des sujets abordés par Euphronios est considérable : cavaliers, banquets, scènes de la vie quotidienne ou illustrations de légendes, partout l’artiste se révèle par la qualité de son trait et l’habileté de ses compositions – bientôt imitées par Euthymidès, par exemple.

De l’artisanat à l’industrie

Au cours de la première moitié du ve siècle, la production des vases attiques s’intensifie. D’artisanat d’art, la peinture sur vases devient activité industrielle. Des négligences dans le dessin, une certaine mollesse dans le trait, et surtout une répétition des mêmes thèmes se manifestent.

Dans la vogue que connaissent les vases attiques au ve siècle avant J.-C., quelques artistes, comme le peintre de Pan, Hermonax ou le peintre d’Achille, maintiennent la tradition de qualité et d’originalité athéniennes. Mais la guerre du Péloponnèse (fin du ve siècle avant J.-C.) brise le dynamisme d’Athènes.

Simultanément, une production concurrente, en Italie du Sud, conquiert les riches débouchés de l’Étrurie. La nature de la poterie à figures rouges se modifie profondément. Le dessin se libère de toute contrainte et gagne en mobilité ce qu’il perd en fermeté. Les tissus féminins se mettent à bouillonner ; les couronnes, les guirlandes se multiplient ; les personnages, de plus en plus nombreux, sont dépeints de manière naturelle et expressive. C’est le style dit « fleuri ».

Dès 370 avant J.-C. et pour une trentaine d’années, un nouveau terrain d’exportation amène une recrudescence d’activité dans les ateliers athéniens. Une poterie, dite « de Kertch » et caractérisée par l’emploi de plus en plus abondant de couleurs surajoutées, de blanc surtout, se répand dans certaines régions du monde grec. Les personnages rouges alternent avec les fleurs blanches et forment de hautes pyramides sur la panse des vases. Ce dernier élan de la céramique figurée s’arrêtera comme il est né, très rapidement : à l’époque hellénistique, le décor des vases exclut totalement les motifs figurés.

3. L'art hellénistique (iveiie siècle av. J.–C.)

Le monde hellénistique est un monde prospère : jamais les architectes, les sculpteurs, les peintres n’ont été si nombreux, et si l’architecture religieuse n’est plus la préoccupation majeure, les édifices civils, les palais et les demeures privées rivalisent de luxe et de confort. Au-delà de la variété de leurs œuvres, le grand mérite des artistes hellénistiques est de traduire dans une forme très moderne les traditions de la Grèce des cités.

3.1. Un art sous influences

L’art hellénistique est celui des cités grecques et celui des royaumes « barbares » – c’est-à-dire de population non grecque – conquis par Alexandre le Grand à partir de 336 avant J.-C. et gouvernés après sa mort par ses généraux, les diadoques, et leurs successeurs.

On parle aussi d’art hellénistique pour des peuples qui, s’ils ne sont pas soumis à des dirigeants grecs, s’ouvrent très largement aux influences artistiques grecques, comme les Étrusques et les Carthaginois ou certains peuples orientaux qui ont recouvré leur indépendance. Des sculpteurs comme Lysippe ou des peintres comme Apelle deviennent les portraitistes attitrés d’Alexandre : dorénavant, les commandes sont moins le fait des cités que des souverains.

Les nombreux contacts qui s’établissent entre les Grecs et les autres peuples permettent d'enrichir le répertoire de formes grec, qui adopte ainsi certains motifs égyptiens ou mésopotamiens et cherche à exprimer dans son propre vocabulaire artistique des thèmes étrangers. Le sarcophage dit « d’Alexandre », provenant de la nécropole phénicienne de Sidon (vers 305 avant J.-C.), en offre un bon exemple : les scènes de bataille et de chasse qui le décorent glorifient le défunt selon la tradition monarchique orientale, mais elles sont composées de motifs empruntés à l’iconographie grecque.

3.2. L'architecture religieuse en Asie Mineure

La libération des cités grecques d’Asie Mineure par Alexandre amène la construction de grands temples, souvent avec l’aide financière du conquérant. À Éphèse, le temple archaïque d’Artémis, qui avait été incendié au ive siècle avant J.-C., est relevé suivant le même plan et sur les mêmes dimensions ; mais les proportions des colonnes, le dessin des moulures témoignent de l’évolution de l’ordre ionique.

À Priène, où toute la ville est reconstruite suivant un plan orthogonal, la construction du temple d’Athéna est confiée à l’architecte Pythéos. Celui-ci, qui a déjà travaillé au mausolée d’Halicarnasse (secondé par des sculpteurs tels que Scopas), est un remarquable théoricien ; refusant l’ordre dorique, trop rigide pour se plier à ses combinaisons, il réalise une œuvre très savante sous sa simplicité apparente, où tout est calculé pour mettre en valeur le volume de la cella qui abrite la statue de culte. Ce temple passait dans l’Antiquité pour le prototype du temple ionique, et son influence sera considérable en Asie. On en retrouve notamment la trace dans le temple d’Apollon à Didymes.

Ces recherches théoriques sont poursuivies par Hermogène, l’architecte auquel on doit le temple d’Artémis, élevé vers 155 avant J.-C. à Magnésie du Méandre. L’architecture religieuse rejoint ici l’architecture civile, qui aime à enfermer les places dans un cadre de portiques servant à la fois de bureaux, de magasins, de promenoir et d’abri en cas d’intempérie. C’est alors que se crée, à Pergame dans les grandes cités ioniennes, à Athènes et même dans les cités les plus modestes, ce cadre urbain au décor scandé de colonnes, qui sera repris par Rome et qui reste associé dans notre esprit à l’image de la cité antique.

3.3. L'évolution du portrait sculpté

L’importance nouvelle prise par l’individu explique le développement de l’art du portrait, auquel les commandes d’Alexandre et de ses principaux généraux donnent une impulsion nouvelle. Les rois rendent cet art particulièrement populaire en faisant figurer leur effigie sur leurs monnaies, tandis que dans les statues monumentales, on allie l’idéal héroïque du corps à une recherche psychologique plus fine dans les traits du visage (Démétrios Ier, roi de Syrie).

La Vénus de Milo, sculptée vers 100 avant J.-C., s’inscrit dans la tradition classique du ive siècle, mais le traitement du corps, sa position, le jeu des courbes et des volumes montrent une profonde évolution depuis cette époque. Avec la Victoire de Samothrace (vers 190 avant J.-C.), où le vêtement accompagne et souligne le mouvement du corps, c’est le virtuose rendu des draperies qui retient particulièrement l’attention.

3.4. L’art alexandrin

Une cour royale joue un rôle particulier dans l’évolution de l’art hellénistique : celle des Ptolémées à Alexandrie, en Égypte, où règnent un luxe et un raffinement extrêmes dans l’aménagement des palais et dans les arts mineurs comme l’orfèvrerie. C’est là que se sont élaborées des formes nouvelles, au contact avec le monde égyptien.

De plus, capitale des derniers souverains hellénistiques, Alexandrie a exercé une influence de tout premier ordre sur l’art romain de la fin de la République. Presque rien n’a survécu de la cité des Ptolémées : on ne peut qu’essayer de la reconstituer à travers des descriptions littéraires et des œuvres d’inspiration alexandrine.

3.5. Mosaïques et peintures de l’art macédonien

Avant le développement d’Alexandrie, au iiie siècle, les palais de Pella et de Vergina, en Macédoine, montrent, dans leur relative simplicité, que l’architecture palatiale emprunte ses formes aux bâtiments civils. Les mosaïques relèvent davantage du dessin que de la peinture. Mais, si l’on se place à la fin de la période, on peut voir que des progrès ont été réalisés : l’agencement des pièces est beaucoup plus souple et plus adroit ; les mosaïques s’enrichissent vers un art d’influence alexandrine : dans un paysage « nilotique » de marais et de plantes d’eau s’ébat tout un peuple d’animaux aquatiques, hérons, canards, crocodiles, hippopotames, etc.

Mais, surtout, la décoration intérieure est dès lors le fait de grands peintres. On en retrace l’évolution d’après des copies (réalisées à Pompéi par exemple). Les artistes ne se satisfont plus de simples dessins sur un fond uniforme : leur palette cherche à rendre tous les effets de la couleur, jouant du clair-obscur ; leur science de la perspective permet d’étoffer les scènes, parfois placées dans un paysage naturel.

3.6. Le développement de l’architecture domestique

L’affaiblissement de l’esprit civique, l’affranchissement de l’individu provoquent dès le ive siècle un goût nouveau pour l’architecture privée. C’est à Pella, à Priène et, surtout, à Délos qu’on peut apprécier les progrès réalisés. Dans cette ville voisinent des maisons très modestes, tassées entre quelques rues, et de luxueuses demeures qui, à elles seules, occupent tout un îlot.

Très diverses, elles s’ordonnent toutes, cependant, autour d’une cour centrale, généralement bordée d’un péristyle, sur laquelle s’ouvrent les pièces de réception et d’habitation regroupées sur deux ou trois côtés ; au centre, une citerne, souvent recouverte d’une mosaïque, recueille l’eau. La maison de l’Hermès, aménagée en étages et tirant parti des dénivellations du site, témoigne, en outre, d’une recherche systématique dans l’accord entre le décor statuaire et le cadre architectural, recherche d’une harmonie d’ensemble caractéristique de l’époque.

3.7. La diversité des matériaux

Si la céramique est en déclin, ce qu'il est convenu d'appeler les arts mineurs brillent, en revanche, d'un vif éclat. On travaille l'or, l'argent, le bronze, et on aime tant la vaisselle métallique que même la poterie cherche à l'imiter (bols à reliefs, dits bols mégariens). Il faudrait ajouter à cet art raffiné les innombrables verreries, les bijoux, toute cette bimbeloterie d'art qui, d'Alexandrie, gagne le monde méditerranéen et, bien au-delà, fait pénétrer un art resté grec jusqu'au cœur même de l'Afghanistan.

4. Postérité de l’art de la Grèce antique

L'art grec ancien a joué un rôle de tout premier plan dans la formation du goût classique et dans l'histoire de l'art. Déjà, à Rome, il était considéré comme un modèle de référence, et l'on répertoriait les œuvres des grands artistes, que l'on faisait copier.

Ce mouvement n'a jamais cessé : il est particulièrement sensible à la Renaissance et au xviiie siècle, où l'Allemand Johann Joachim Winckelmann jette les bases scientifiques de l'histoire de l'art. Le xixe siècle conçoit l'art grec antique comme un être vivant dont la période archaïque serait la phase de formation et qui, après l'apogée classique, subirait la dégénérescence de la vieillesse. En fait, cette vision dérive de celle de l'histoire grecque et, surtout, de celle de sa littérature.

La théorie a connu longtemps un très grand succès, aboutissant à faire de l'art grec un miracle isolé de la raison humaine. Mais, depuis quelque temps, les archéologues mettent l'accent sur les apports des royaumes orientaux à de nombreuses époques, et les échanges avec le monde grec stricto sensu. C’est le cas par exemple de l'art hellénistique de Bactriane (découverte du site d’Aï-Khanoun en Afghanistan au cours du xxe siècle).