urbanisation

Buenos Aires
Buenos Aires

1. Typologie de la ville

L'urbanisation est un phénomène démographique se traduisant par une tendance à la concentration de la population dans les villes. Les seuils qui séparent le monde urbain du monde rural varient très sensiblement au niveau planétaire : l'annuaire de l'ONU recense en effet une centaine de définitions différentes de la population urbaine. Tandis que la France, l'Allemagne, Israël ou Cuba définissent la ville en retenant le seuil de 2 000 habitants agglomérés, les États-Unis et le Mexique ont opté pour celui de 2 500 habitants. La barre est parfois fixée plus bas : 200 habitants agglomérés suffisent en Suède pour parler d'unité urbaine et 1 000 au Canada. À l'inverse, il faut 5 000 habitants en Inde, en Autriche ou au Cameroun, 10 000 habitants au Portugal ou en Jordanie, 40 000 habitants en Corée du Sud et 50 000 habitants au Japon. La définition quantitative de la ville a donc ses limites et requiert des critères moins formels.

La démographie urbaine dépend de phénomènes tels que l'accroissement naturel, l'exode rural et la rurbanisation.

Le lexique de la ville

Le lexique de la ville



agglomération
Ensemble formé d'une ville-centre et de ses banlieues.

conurbation
Agglomération urbaine formée de plusieurs villes qui se sont rejointes au cours de leur croissance, mais qui ont conservé leur statut administratif (par exemple, Lille-Roubaix-Tourcoing).

mégalopole
Très grande agglomération urbaine résultant du regroupement de plusieurs conurbations. La plus ancienne est la Mégalopolis du nord-est des États-Unis.

mégapole
Agglomération urbaine généralement peuplée de plus de 5 millions d'habitants.

périurbanisation
Phénomène d'extension urbaine se produisant à la périphérie des villes, aux dépens de l'espace rural.

réseau urbain monocentrique
Réseau dominé par une métropole qui concentre une forte proportion de la population et des activités (« macrocéphalie »). La France offre un exemple de réseau urbain monocentrique en raison du poids de Paris.

réseau urbain multipolaire
Réseau marqué par l'existence de plusieurs métropoles en tête de la hiérarchie urbaine. C'est le cas de l'Espagne avec Madrid et Barcelone, ou de l'Italie avec Rome, Milan, Turin et Naples.

rurbanisation
Développement de villages, aux noyaux souvent anciens, situés à proximité de villes dont ils constituent des banlieues. La rurbanisation, qui se traduit par la construction d'habitats individuels, est particulièrement consommatrice d'espace.

1.1. Le tissu urbain

Bien que le développement des villes puisse parfois paraître anarchique, celles-ci ont toujours une structure. Toutes ont un centre, qui s'individualise par un paysage urbain particulier, qui draine quotidiennement des flux considérables de population et qui recèle une partie substantielle de la richesse nationale . D'un bout à l'autre de l'agglomération, le paysage et les fonctions changent. Ainsi, les banlieues aisées contrastent fortement avec les banlieues populaires, qui suscitent de plus en plus, en France notamment, un mal de vivre (le « mal des banlieues »).

La ville rassemble une population sur un espace limité, occupé par des constructions qui forment un tissu continu. Les activités y relèvent principalement des secteurs secondaire et tertiaire. La ville répond en outre à des besoins fondamentaux : permettre la rencontre des hommes et l'échange des produits et services.

Elle est aussi un lieu de commandement politique et économique en même temps que d'influence culturelle ; c'est de la ville-capitale que l'État contrôle le territoire qu'il administre et c'est elle qui concentre les symboles de son autorité. D'ailleurs, les capitales ont souvent une taille supérieure à celle des autres centres urbains. Cela s'explique par la tendance à la centralisation.

1.2. La pression urbaine sur l'espace

Les villes polarisent l'espace. Elles constituent des pôles d'attraction, des centres de civilisation et des foyers d'innovation. Les moyens de communication modernes tissent des liaisons essentielles entre les villes les plus importantes. Cela leur permet de se trouver en relation, hiérarchisée, les unes avec les autres et de constituer ainsi un réseau urbain, qui est un maillage relativement complet dans les pays développés mais encore mal défini dans les pays en développement. Dans ces derniers, une ville tentaculaire (qui n'est pas toujours la capitale) attire souvent l'essentiel de la population urbaine et de l'activité économique. C'est le cas du Caire, où l'on recense près du tiers de la population urbaine égyptienne. Cette « macrocéphalie » caractérise aussi l'Argentine, où Buenos Aires rassemble plus du tiers de la population urbaine du pays, ou encore Lima au Pérou.

Les pays industrialisés n'échappent pas tous à un certain déséquilibre. La France et le Royaume-Uni sont dans ce cas en raison du poids démographique qui est celui de Paris et de Londres ; en Australie, Sydney et Melbourne regroupent à elles seules 35 % des habitants. Les villes exercent partout une forte influence sur le territoire, mais quelques métropoles internationales jouent un rôle majeur dans l'organisation de l'espace mondial en concentrant les pouvoirs de décision politiques, financiers et culturels à l'échelle internationale : c'est la raison pour laquelle certaines d'entre elles (New York, Londres, Paris ou Tokyo) sont qualifiées de « villes-monde ».

2. Cinq citadins sur dix dans le monde

2.1. Un phénomène récent

Au début du xixe s., 3 % seulement de la population mondiale résidait en ville. Aujourd'hui où c'est le cas d'un homme sur deux et le taux d'urbanisation continue d'augmenter partout dans le monde, mais à des rythmes différents : moins de 0,7 % par an dans les pays industrialisés, plus de 2,4 % dans les pays en développement. Le monde comptait moins de 90 millions de citadins en 1800, 260 millions en 1900 et près de 3,5 milliards en 2010. Les villes sont de plus en plus nombreuses et de plus en plus peuplées. En 1900, 16 agglomérations dépassaient le million d'habitants ; elles sont plus de 400 aujourd'hui, et le nombre d'agglomérations de plus de 10 millions d'habitants est passé de 3 en 1975 à une vingtaine en 2010. La plus grande agglomération, Tokyo, est située dans un pays développé mais la majorité des agglomérations de plus de 10 millions d'habitants se situent dans les pays en développement.

Les plus grandes villes du monde

Les plus grandes villes du monde

Ville

Pays

Nombre d'habitants

Tokyo

Japon

37,2 millions d'habitants

Delhi

Inde

22,7 millions d'habitants

Mexico

Mexique

20,4 millions d'habitants

New York

États-Unis

20,4 millions d'habitants

Shanghai

Chine

20,2 millions d'habitants

São Paulo

Brésil

19,9 millions d'habitants

Bombay

Inde

19,7 millions d'habitants

Pékin

Chine

15,6 millions d'habitants

Dacca

Bangladesh

15,4 millions d'habitants

Calcutta

Inde

14,4 millions d'habitants

Karachi

Pakistan

13,9 millions d'habitants

Buenos Aires

Argentine

13,5 millions d'habitants

Los Angeles

États-Unis

13,4 millions d'habitants

Rio de Janeiro

Brésil

12 millions d'habitants

Manille

Philippines

11,9 millions d'habitants

Moscou

Russie

11,6 millions d'habitants

Osaka

Japon

11,5 millions d'habitants

Istanbul

Turquie

11,3 millions d'habitants

Lagos

Nigeria

11,2 millions d'habitants

Le Caire

Égypte

11,2 millions d'habitants

Canton

Chine

10,8 millions d'habitants

Shenzhen

Chine

10,6 millions d'habitants

Paris

France

10,6 millions d'habitants

2.2. Un phénomène général

Au début du xixe s., la population européenne était encore majoritairement rurale et les villes n'abritaient que 12 % de la population. La révolution industrielle a modifié cette situation. La croissance économique a déclenché le processus d'urbanisation et l'industrie, ayant des besoins sans cesse accrus en main-d'œuvre, a soulagé les campagnes de celle qu'elles avaient en surplus. L'urbanisation s'est traduite dans l'espace par l'étalement de la ville ancienne et la création de banlieues. Ce phénomène, amorcé au Royaume-Uni, s'est répandu en même temps que l'expansionnisme colonial et s'est maintenu après la Seconde Guerre mondiale. La croissance urbaine s'essouffle en Amérique du Nord, au Japon ou en Russie, tandis que dans les vieux pays industriels comme le Royaume-Uni, l'Allemagne ou la Belgique, les taux d'urbanisation ont atteint la saturation et les centres-villes tendent à se désengorger au profit des campagnes proches des espaces urbains.

Depuis le début des années 1970, la majorité de la population urbaine mondiale vit dans les pays en développement (51 %). Les disparités sont importantes, mais le gonflement des villes est général. Les pays en développement ne comptaient que 100 millions de citadins en 1900, près de 2 milliards en 2000 et 2,5 milliards en 2010. La poussée est donc forte : par exemple, entre 1950 et 1995, la population urbaine de l'Asie méridionale et orientale a quintuplé, celle de l'Afrique a été multipliée par 110. Les taux d'urbanisation sont cependant très inégaux  : 94 % au Venezuela, 78 % en Libye, 63 % aux Philippines, 51 % au Nigeria, 50 % en Chine, 19 % au Rwanda. Il convient de prendre en compte les différences d'échelle : en chiffre absolu, les 50 % de Chinois vivant en ville représentent plus du double des habitants des États-Unis.

2.3. Les facteurs d'urbanisation

La croissance urbaine des pays en développement est portée par la vague démographique. L'exode rural persiste, mais le principal facteur de l'explosion urbaine réside aujourd'hui dans le taux d'accroissement naturel des citadins, qui demeure élevé en raison d'une fécondité encore forte et de la chute de la mortalité. Bien qu'il existe une relation fondamentale entre croissance économique et urbanisation, car celle-là génère un revenu qui profite surtout à la ville, le processus de concentration ne dépend pas exclusivement de la croissance économique. En Afrique ou en Amérique latine, l'urbanisation est consécutive à la surpopulation des campagnes et à l'essor de la mécanisation agricole, qui amplifie le chômage. L'idée que les agglomérations offrent de meilleures perspectives d'avenir a entraîné un mouvement massif de migration vers les villes, lequel a exercé une pression formidable sur les administrations municipales, en les obligeant à fournir des services qu'elles arrivent à peine à organiser.

2.4. Une distribution contrastée

Les agglomérations sont inégalement réparties sur le globe.

Les principaux semis de villes s'observent dans la Mégalopole européenne et en Asie (plaine Indo-Gangétique ; littoral du sud-est de la Chine et plaines de la Chine du Nord). En Amérique, le peuplement urbain est moins dense et plus récent. Partout ailleurs, le réseau urbain est clairsemé et de grands espaces faiblement peuplés s'intercalent entre les villes.

Celles des pays du Sud sont soumises à la pression démographique : elles ne peuvent offrir à tous les ruraux qui y affluent emplois, équipements et logements sociaux. Selon l'Organisation mondiale de la santé (O.M.S.), au moins 600 millions de personnes vivent dans des zones urbaines où la pénurie de services essentiels se fait sentir et où les logements sont insalubres. Les problèmes d'environnement des agglomérations ne résultent pas tant de la croissance démographique que de l'incurie des gouvernements face à une évolution urbaine si rapide. En effet, presque tous les pays du Sud sont aux prises depuis 1950 avec une démographie urbaine explosive. La population a plus que décuplé à Abidjan, Khartoum, Kinshasa et Lagos en Afrique, Amman et Séoul en Asie, Brasília en Amérique. Globalement, le rythme d'urbanisation des pays du Sud s'est néanmoins ralenti, surtout depuis les années 1980. La population d'un nombre élevé de grandes villes y est moins importante que prévu. La principale raison en serait la stagnation économique : ce sont les pays dont le revenu par tête d'habitant est le plus faible qui figurent aussi parmi les moins urbanisés.

3. Les villes des pays en développement

3.1. Une croissance fulgurante

Entre 1970 et 1990, les nouvelles villes de plus de 10 millions d'habitants ont été deux fois plus nombreuses dans les pays en développement que dans les pays développés . En 2015, d'après les prévisions de l'O.N.U., 15 des 22 villes qui auront plus de 10 millions d'habitants et 36 des 44 villes qui auront plus de 5 millions d'habitants devraient faire partie des pays en développement. C'est dans ces villes en pleine croissance que se font jour les défis majeurs, qui consistent à assurer un développement économique durable et à contribuer au progrès social, tout en garantissant une plus grande solidarité entre les habitants. La formation de mégapoles a le plus souvent pour conséquence la prolifération des quartiers informels. Durant cette phase de transformation rapide, les ressources humaines et les moyens financiers disponibles sont insuffisants pour répondre aux besoins de populations majoritairement jeunes du fait de la démographie galopante. Pourtant, c'est bien dans ces mégapoles que se trouve le plus fort potentiel de dynamisme. Ainsi, l'agglomération de São Paulo regroupe plus de 20 millions d'habitants, 40 % des industries et 45 % des dépôts bancaires du Brésil ; Bangkok fixe 11 % de la population thaïlandaise et fournit 80 % du produit intérieur brut du pays.

3.2. Un espace de contrastes

Les villes du tiers-monde se caractérisent par l'opposition permanente entre l'extrême pauvreté et l'extrême richesse, se traduisant par la juxtaposition de quartiers modernes, dont la population, majoritairement aisée, est étroitement intégrée au « système-monde », et de zones d'habitat précaire, où s'amasse un sous-prolétariat sans qualifications. Ces bidonvilles (favelas au Brésil, barrios au Venezuela, slums en Inde par exemple) constituent la réponse des habitants les plus déshérités à la pénurie de logements, d'équipements et d'emplois et donnent aux villes un aspect semi-rural. Aujourd'hui, plus d'un milliard d'hommes s'entassent dans des bidonvilles. L'extension des bidonvilles aggrave considérablement les problèmes de pollution. Il n'en reste pas moins que, même dans ce cadre de vie, le sort des populations qui le partagent est souvent encore préférable à celui qu'elles auraient à la campagne.

Le processus d'urbanisation apparaît à la fois comme une condition et une manifestation du développement économique. Les villes ont une productivité par habitant largement supérieure à celle des campagnes. L'économie urbaine, dans les pays du Sud, est en effet caractérisée par la coexistence de différents types d'activités, qui sont en interaction du fait de la mobilité de la main-d'œuvre, de l'appartenance d'actifs d'une même famille à chacun d'eux, de l'exercice simultané de plusieurs activités et de la consommation quotidienne des ménages qui les sollicitent respectivement. Les entreprises privées et publiques de même que les services publics forment la partie « émergée » de l'économie, à côté d'une économie de proximité à faible investissement en capital, populaire ou informelle, vouée à répondre à la quasi-totalité des besoins essentiels de la majorité des citadins. Entre ces deux pôles, de petites et moyennes entreprises, dont les dirigeants sont issus tant du secteur moderne que du secteur informel de l'économie ou encore de l'administration, constituent un milieu à part.

3.3. Le cas de l'Afrique

Une urbanisation très inégale

Presque les deux tiers des Africains (59 %) sont encore des ruraux. Le fait urbain est une donnée récente dans toute l'Afrique noire : c'est la colonisation qui y a importé la ville. Ainsi, le taux d'urbanisation dépasse les 50 % au nord et au sud du continent ; il les approche dans certains pays peu peuplés du littoral occidental ; ailleurs, il est très faible.

Aucune des dix premières villes mondiales n'est africaine, et il y a sur le continent moins de 30 villes dépassant le million d'habitants. Néanmoins, si, de 1950 à aujourd'hui, le nombre total d'habitants y a quadruplé, la population des villes d'Afrique a été multipliée par douze. Dans les années 1960 et 1970, des taux record de croissance urbaine ont été enregistrés : jusqu'à 10 % par an pour des agglomérations comme celles de Lagos (au Nigeria) ou d'Abidjan (en Côte d'Ivoire). Depuis les années 1980, le rythme s'est ralenti, mais un taux de l'ordre de 3,4 % (2005–2010) par an signifie le doublement de la population urbaine en moins de vingt-cinq ans. Il en résulte que le manque d'équipements, lesquels sont très coûteux, est flagrant. Malgré les problèmes posés par leur croissance, les villes d'Afrique continuent à attirer les cadres et sont le lieu des échanges avec le reste du monde.

La plupart des grandes villes africaines sont des villes côtières, créées ou encouragées par les colonisateurs, car ceux-ci avaient surtout besoin de ports pour servir de comptoirs. En Afrique noire, la littoralisation va de pair avec la macrocéphalie des réseaux urbains, largement dominés par une ville (Dakar, Abidjan). Il n'existe pas de réseau urbain à l'échelle du continent, et l'Afrique présente une très grande variété de modèles.

La diversité des modèles urbains

Ainsi, le réseau urbain de l'Égypte est « macrocéphale » : une agglomération immense rayonne sur tout le territoire. Avec 11 millions d'habitants, Le Caire, la première ville d'Afrique et du monde arabe, monopolise 58 % des emplois tertiaires et 40 % des emplois industriels du pays. En 60 ans, la population de la capitale a décuplé. Une telle croissance est due aux mouvements migratoires, mais aussi à l'accroissement naturel, même si la population urbaine est plus réceptive que la population rurale à la politique de planning familial. Cette croissance se fait en outre de façon anarchique : la moitié de la population vit dans des quartiers d'habitat spontané, encore que, depuis les années 1950, le gouvernement s'attelle à une certaine planification par la fondation de villes nouvelles.

Le Maroc, en revanche, est doté d'un réseau urbain complexe et bien hiérarchisé, avec une capitale politique (Rabat) de taille respectable, une capitale économique issue de la colonisation (Casablanca), des villes intérieures (Fez, Marrakech) et côtières dynamiques.

En comparaison, les réseaux de la Tanzanie ou de la Côte d'Ivoire, qui comprennent une importante ville portuaire et une agglomération plus centrale en cours de développement, sur le modèle brésilien, semblent rudimentaires.

C'est pour rompre symboliquement avec la période coloniale, et pour rééquilibrer le réseau urbain national, que plusieurs gouvernements ont effectivement décidé de doter leur pays d'une nouvelle capitale.

À l'époque de la colonisation, la plupart des villes arabes d'Afrique du Nord sont devenues bicéphales. Autour de la médina s'est construite une ville « européenne », avec ses avenues, ses places, ses bâtiments symbolisant le pouvoir des colonisateurs : palais du gouvernement, casernes, églises. La ville européenne s'est arabisée, mais en général elle a conservé les organes de commandement, alors que la médina est entrée dans un processus de différenciation sociale, marqué par l'apparition d'îlots rénovés, de quartiers touristiques et d'espaces occupés par des taudis. L'explosion urbaine a été suivie par la densification de ces derniers, mais aussi par de grands projets urbains périphériques : ce sont les quelques espaces libres de l'agglomération qui sont accaparés par les bidonvilles, tandis que des banlieues très résidentielles voient le jour.

4. Les villes des pays industrialisés

Trois ensembles (États-Unis, Union européenne et Japon) forment la « Triade » ou « oligopole mondial », qui produit plus de 70 % de la richesse de la planète. Les fonctions de direction et d'innovation se concentrent dans des mégalopoles, qui sont des « grappes » de villes réunies les unes aux autres par des liens denses et multiples.

La mégalopole japonaise est la plus peuplée : elle se présente sous la forme d'un réseau urbain linéaire de plus de 1 000 km, commandé par Tokyo et Osaka. Mais la mégalopole du nord-est des États-Unis, qui s'étend de Boston à Washington, constitue le premier centre décisionnel de la planète : avec Washington et New York, elle comprend notamment la Maison-Blanche, le Pentagone et la Bourse de Wall Street, ainsi que les institutions internationales les plus importantes (O.N.U., Banque mondiale, F.M.I.).

4.1. La ville européenne

En Europe de l'Ouest, les villes rassemblent environ 75 % de la population, et le tiers des citadins habite des agglomérations de plus de 1 million d'habitants. Le taux d'urbanisation est plus faible en Europe de l'Est (69 %), et la population urbaine y est moins concentrée dans les grandes agglomérations, qui ne regroupent que 20 % des citadins. Alors qu'aux États-Unis il n'existe une ville de plus de 10 000 habitants que tous les 48 kilomètres, cette moyenne s'abaisse à 13 km en Europe occidentale. Par rapport à leurs voisins, et surtout eu égard au dense semis de la « dorsale » anglo-rhénane et italienne, la France, l'Espagne et l'Irlande apparaissent relativement peu urbanisées, si l'on considère la distribution et la taille des agglomérations.

La France se distingue en outre par l'hypertrophie de sa capitale. En effet, la centralisation y est extrême : le rapport de taille entre l'agglomération parisienne (qui regroupe près de 11 millions d'habitants) et l'agglomération lyonnaise (1,5 million d'habitants) est de 1 à 7. Hormis Paris, aucune des agglomérations françaises n'atteint 2 millions d'habitants et seules trois d'entre elles (Lyon, Marseille et Lille) dépassent le million d'habitants.

L'Allemagne, comme l'Italie, présente en revanche un réseau multipolaire. Plusieurs métropoles se partagent les fonctions de commandement : ainsi, à côté de Berlin, qui est à nouveau la capitale politique, Francfort fait office de capitale financière, et cette dyarchie est complétée par le rôle que jouent des capitales régionales comme Munich et Hambourg.

La ville européenne est souvent chargée d'histoire. Elle tire parti du patrimoine architectural de son centre historique, qui lui vaut une prospère activité touristique, mais il n'est pas toujours aisé d'adapter les vieilles villes aux nouvelles conditions de travail.

Au xixe s., les préoccupations conjointes de maintien de l'ordre, d'hygiène publique, d'urbanisme et de circulation ont modifié la fonctionnalité de l'espace urbain pour tenir compte des exigences de l'industrialisation.

Au xxe s., la création de « villes nouvelles », au Royaume-Uni et en France, a été un moment fort de la politique d'aménagement du territoire, destiné à freiner la croissance des agglomérations londonienne et parisienne en combinant résidences, espaces de travail et de loisirs et transports rapides.

À la différence de la ville américaine, la ville européenne ne souffre pas de la désaffection du centre par les classes aisées ; celui-ci constitue toujours un lieu privilégié de vie diurne et nocturne, même si, depuis quelques décennies, les activités tertiaires sont de plus en plus transférées en périphérie (comme à l'ouest de Paris, le quartier de la Défense, premier centre européen de bureaux).

4.2. La ville nord-américaine

Presque tous les Américains du Nord sont urbanisés, les campagnes étant elles-mêmes très largement influencées par le mode de vie de la ville. Aux États-Unis, le taux d'urbanisation a dépassé les 50 % dès les années 1920. Aujourd'hui, 8 habitants du pays sur 10 vivent dans une ville et 1 sur 2 dans une ville millionnaire (qui a dépassé le million d'habitants). Les 18 agglomérations désignées comme CSMA (Consolidated Statistical Metropolitan Areas, ou « zones urbaines aux données statistiques consolidées ») regroupent plus de 100 millions de personnes et la Mégalopolis du nord-est en rassemble à elle seule 45 millions.

Le réseau urbain est très dense dans le Nord-Est (New York, Boston, Philadelphie, Washington, Baltimore), autour des Grands Lacs (Chicago, Detroit, Cleveland), ainsi que dans le Sud-Est (Atlanta, Dallas, Houston, Phoenix) et sur la côte Pacifique (Los Angeles, San Francisco, San Diego, Seattle).

La croissance urbaine de la seconde moitié du xxe s. a façonné des paysages urbains qui révèlent les limites du melting-pot. Certains quartiers, en effet, sont à dominante ethnique (Chinatown, Harlem ou Little Sicilia à New York), ce qui renforce l'impression de « ghettoïsation ». De la banlieue au centre-ville, le contraste est frappant entre la pauvreté des quartiers dégradés, où vit une population exclue de la société de consommation, et l'opulence des gratte-ciel (skyscrapers) des quartiers dits CBD (Central Business District), consacrés aux affaires (Bourses, sièges sociaux de grandes entreprises et de banques) et aux activités de standing (marketing, conseil juridique, communication). Lieux de prédilection des « cols blancs », les CBD débordent d'activité le jour mais sont déserts la nuit, durant laquelle il règne une certaine insécurité.

Les banlieues (suburbs), quant à elles, s'étalent sur de très longues distances. Elles sont nées d'une extension des limites urbaines favorisée par la civilisation de l'automobile : les classes moyennes qui viennent y habiter sont à la recherche d'espace, d'une fiscalité moins lourde et d'un refuge contre les problèmes sociaux générateurs d'insécurité dans les centres-villes. Depuis les années 1950, ces banlieues ont absorbé les deux tiers de la croissance urbaine, alors que les Américains qui vivent dans des comtés ruraux ou des localités de moins de 2 500 habitants sont environ 60 millions : ces « rurbains » ne sont en fait que des citadins qui vivent à la campagne ; la plupart d'entre eux travaillent en ville et sont astreints à des migrations pendulaires entre leur domicile et leur lieu de travail.

Les villes des États-Unis ont un problème croissant d'endettement. L'exode incessant des classes moyennes diminue les recettes fiscales et l'arrivée massive des catégories sociales défavorisées grève les dépenses sociales. Les effets de l'endettement se font sentir dans la détérioration des équipements urbains, mais aussi dans les guérillas urbaines du type de celles qui sont survenues en 1992 à Los Angeles (Californie), dans le quartier de Watts. Les centres-villes font donc l'objet d'une politique de reconquête : les forces de police sont accrues et les quartiers dégradés sont réhabilités afin d'attirer à nouveau les classes aisées (le terme de gentryfication traduit ce processus d'embourgeoisement économique et social). Dans ce cadre, d'importantes opérations ont déjà été engagées : notamment à Detroit (celle du Renaissance Center) et à Boston (celle du Government Center).

5. Les défis de l'environnement urbain

5.1. La gestion d’une « économie parallèle »

Entre 1860 et 1900, la révolution industrielle a eu pour conséquence la croissance rapide (de l'ordre de 2,3 % par an) des villes des pays de l’hémisphère Nord. Entre 1950 et 1990, la taille des villes des pays en développement a progressé de 4,4 % par an. Tandis qu'il a fallu environ 80 ans en Europe occidentale pour passer d'un taux d'urbanisation de 18 à 37 %, cette évolution s'est faite dans les pays du Sud en 35 ans seulement.

L'afflux de ruraux et d'habitants de petits bourgs dans les villes avait pour raison d'être l'amélioration de leurs conditions de vie. Mais la faible capacité d'embauche du système productif a fait de bon nombre de migrants des laissés-pour-compte et provoqué l'émergence d'un mode de production urbain parallèle, que l'on appelle conventionnellement l'« économie informelle » et que les statistiques incluent cependant dans le secteur des services.

5.2. La gageure de l'équité sociale

Les villes ne connaissent pas toutes un développement économique identique. Les pays industrialisés du Nord et du Sud sont de plus en plus marqués par la généralisation d'un savoir-faire de pointe (nouvelles technologies de l'information et de la communication, formation, marketing et publicité, recherche-développement). Les entreprises se trouvent placées en constante concurrence et, dans ce contexte, les aménageurs urbains ont à relever un double défi qui s'apparente parfois à un dilemme : comment concilier efficacité économique et équité sociale ?

Cherchant à se rapprocher des marchés pour mieux s'y adapter, les entreprises opèrent des redéploiements internes et externes et, dans le cadre de la mondialisation de l'économie, développent les accords de partenariat à l'échelle planétaire. Il en résulte une diversification spatiale des implantations et un renforcement des interdépendances entre les centres de décision et les centres de production. Le choix des entreprises entre différentes localisations est de plus en plus conditionné par l'environnement logistique que leur offrent des sites urbains concurrents. C'est aux villes d'assurer cet environnement par la fourniture d'équipements et de services à des conditions concurrentielles. Mais les décideurs se doivent aussi de fournir de façon indifférenciée équipements et services à toutes les catégories d'usagers, ce qui se traduit souvent par des tarifications sociales inférieures aux coûts d'équilibre.

5.3. La maîtrise de l'hygiène publique

En Afrique subsaharienne, le phénomène d'« explosion » urbaine est souvent perçu comme « incontrôlé ». Effectivement, l'augmentation du nombre de citadins n'a pas eu pour corollaire l'extension des infrastructures essentielles à l'environnement urbain : drainage des eaux pluviales, assainissement et entretien de la voirie, amélioration de l'hygiène des habitations, construction d'écoles et de centres de santé. Au demeurant, nombre de municipalités ne possèdent qu'une capacité d'investissement très limitée. C'est pourquoi, dans la plupart des agglomérations qui ont connu une croissance rapide, 30 à 60 % de la population vit sur des sites d'habitation illégaux.

L'environnement subit une pression considérable. Les adductions d'eau courante ne desservent qu'une infime minorité de la population et des centaines de millions de personnes doivent utiliser une eau de qualité douteuse pour la toilette, la cuisine, la vaisselle et la lessive. Plus des trois cinquièmes des habitants des villes ne sont pas reliés aux réseaux publics d'égouts. L'enlèvement des ordures ménagères et, en l'absence de programme de reconversion, leur élimination posent d'autres problèmes graves : dans les bidonvilles, elles s'accumulent dans les caniveaux et sur les terre-pleins, et, pour ne prendre que l'exemple de l'Afrique subsaharienne, seuls 10 à 20 % des déchets produits en ville sont collectés. Les germes pullulent et les maladies respiratoires, exacerbées par la dispersion dans l'air de polluants d'origine biologique ou chimique, sont parmi celles qui affectent le plus les populations pauvres. Les femmes, qui manipulent l'eau pour s'acquitter des tâches ménagères, sont particulièrement exposées.

5.4. Le mécontentement de la vie de banlieue

Alors qu'aux États-Unis la banlieue est le plus souvent la résidence d'adoption des classes aisées et présente de ce fait un paysage spécifique, elle est en Europe un espace socialement très différencié. À la périphérie des villes européennes, les populations les plus en difficulté, issues en général de l'immigration, se trouvent cantonnées à des zones d'habitation collectives qu'ont fuies les familles qui disposent d'un niveau de vie suffisant pour déménager. De ce fait, on constate une tendance à la « polarisation de la misère », génératrice d'un fort sentiment d'exclusion sociale. Celui-ci affleure de façon parfois violente, donnant lieu à des émeutes urbaines ou à des actes de vandalisme largement relayés par les médias. Or, la représentation médiatique de la banlieue sert avant tout à mettre en évidence ses dysfonctionnements, ce qui véhicule son image sociale négative, occultant l'accès au logement à loyer modéré – en dehors de toute considération architecturale – qu'elle a apporté à des générations de familles.

Quant à l'élite des habitants de banlieue, elle se dit sujette au stress d'un genre de vie qui pâtit des mauvaises conditions de transport et de circulation ainsi que de nombreuses formes de pollution urbaine. Si le retour à la nature et au terroir (le « ressourcement ») est en son sein une aspiration qui a déjà provoqué des changements de comportement, ceux-ci demeurent l'exception. Cependant, la force du modèle de vie urbain, fondé sur une forte consommation de biens et de services, est telle que cette élite tend à le reproduire sur ses lieux de vacances, et en premier lieu dans les stations balnéaires ou les stations de montagne à la mode, qui sont touchées à leur tour par la fièvre de l'urbanisation.