Michelangelo Buonarroti, dit en français Michel-Ange

Michel-Ange, Moïse
Michel-Ange, Moïse

Sculpteur, peintre, architecte et poète italien (Caprese, près d'Arezzo, 1475-Rome 1564).

Premier artiste considéré de son vivant dans toute la dimension de son génie, Michel-Ange fut un maître du sublime à l'époque de la seconde Renaissance. L'exigence de perfection à laquelle il se soumit et la perception qu'il eut de l'opposition entre la détresse humaine et le monde divin confèrent à son œuvre une force éternelle.

1. Apprentisage florentin

Fils d'une famille ruinée, Michel-Ange n'est pas censé faire une carrière artistique. À Florence, où il passe son adolescence, il entre cependant dans l'atelier du peintre fresquiste Domenico Ghirlandaio, qu'il quitte au bout d'un an (1489).

Il se sent et se veut avant tout sculpteur – sculpteur sur marbre. Remarqué par Laurent Ier de Médicis, il est embauché au « casino » de San Marco, où il peut étudier à loisir la collection d'antiques du prince. Il fréquente aussi le milieu humaniste, qui aura une influence décisive sur sa formation spirituelle et sur son ambition artistique.

Ses premières œuvres sont un Combat des Centaures et des Lapithes et une Vierge à l'escalier, laquelle traduit sa dette envers son grand prédécesseur, Donatello.

2. Vers la célébrité

Quittant le palais Médicis en 1492, Michel-Ange part pour Venise, séjourne à Bologne, où il s'imprègne de l'exemple d'un maître du début du quattrocento, Jacopo della Quercia, et arrive à Rome : de ce premier séjour romain datent sa plus célèbre Pietà, celle de la basilique Saint-Pierre (1498), qui offre la plus haute expression de la pureté, et, paradoxalement, un Bacchus ivre, qui est la plus païenne de ses figures.

Revenu à Florence en 1501, Michel-Ange reçoit la commande du David, statue colossale dont il fait le symbole de son idéal personnel de beauté virile. Désormais célèbre, il entreprend aussi une fresque, laBataille de Cascina, qui doit être le pendant de celle de Léonard de Vinci (Bataille d'Anghiari), dans la salle du Grand Conseil au Palazzo Vecchio ; de l'œuvre, qui ne sera jamais exécutée, on connaît des esquisses aux nus mouvementés.

En même temps, Michel-Ange compose de grands médaillons, soit sculptés (Madone Pitti), soit peints (Sainte Famille, dite Tondo Doni), dont les figures, s'enchaînant en un bloc puissant, relèvent de la sculpture.

3. L'apothéose de la Sixtine

En 1505, Michel-Ange se rend de nouveau à Rome, à la demande de Jules II, qui compte lui confier les sculptures de son tombeau (les Esclaves) ; mais, le projet étant suspendu, le pape emploie l'artiste à la décoration du plafond de la chapelle Sixtine, au Vatican : œuvre titanesque, peuplée par plus de trois cents personnages, qui sera menée à bien en quatre ans (1508-1512), sans la contribution d'aucun aide.

L'ensemble met en scène l'histoire de l'humanité en s'appuyant sur les principaux épisodes de la Genèse, de la Création (la Création d'Adam) au Déluge. Les scènes surgissant au plat de la voûte comme des visions célestes, les figures de sibylles et de prophètes, annonçant la venue du Christ, et les étonnants ignudi (nus adolescents), qui semblent soutenir la voûte, représentent le plus parfait accomplissement du dessin linéaire des Florentins, amplifié par la monumentalité romaine.

À l'invitation du pape Paul III Farnèse, Michel-Ange reviendra sur le chantier de la Sixtine, afin de réaliser l'immense fresque du Jugement dernier (1536-1541), qui décore le mur du fond de la chapelle. Il y peint la haute figure d'un Christ justicier dominant un espace visionnaire où tourbillonnent les âmes des damnés. Oubliant le style classique, il anticipe l'ample pulsation du baroque, tout en livrant le message d'angoisse que suscite l'idée du Jugement dernier.

Les fresques de la chapelle Sixtine font de Michel-Ange l'apôtre du maniérisme, regroupant des peintres qui préfèrent les lignes courbes aux lignes droites et qui privilégient les scènes propres à l'expression d'une tension dramatique.

4. Les autres grands mécénats

Alors qu'il se trouve à Florence à partir de 1515, Michel-Ange est sollicité par le pape Léon X pour aménager la chapelle funéraire des Médicis. Il entreprend alors les tombeaux des ducs Julien et Laurent II, qui sont eux-mêmes sculptés sous les traits de jeunes capitaines vêtus à l'antique, l'un figurant le penseur, l'autre l'homme d'action.

À leurs pieds se trouve un sarcophage où sont représentées les allégories du temps qui passe : le Jour et la Nuit, l'Aurore et le Crépuscule, personnages alternativement masculins et féminins. Tous les éléments décoratifs sont empruntés au répertoire antique, mais jamais l'autorité de la composition et la modernité du style n'auront été plus manifestes.

À Florence encore, Michel-Ange fournit les dessins qui serviront à construire le vestibule et l'escalier de la bibliothèque Laurentienne, située dans l'enceinte de l'église San Lorenzo. C'est en 1534 qu'il se fixe définitivement à Rome. Il est alors appelé à reprendre le projet de tombeau pour Jules II.

Mais Léon X et les héritiers du pape défunt ont renoncé au monument grandiose auquel Michel-Ange avait songé ; celui-ci, la mort dans l'âme, devra se contenter d'un modèle réduit, qui sera placé dans la petite église San Pietro in Vincoli (Saint-Pierre-aux-Liens, 1545) ; il lui adjoint certains marbres déjà sculptés, dont l'impressionnant Moïse (vers 1515-1516).

5. Le génie supérieur à son temps

À partir de 1546, Michel-Ange se consacre surtout à l'architecture. Il est alors, officiellement, le successeur d'Antonio da Sangallo le Jeune : il dessine la fameuse coupole de la basilique Saint-Pierre, mais, se trouvant en butte aux manœuvres des amis de son prédécesseur, il ne peut pas la réaliser ; il travaille aussi au palais Farnèse, qu'il dote du dernier étage et de la corniche.

Également urbaniste, il aménage la place du Capitole, en tirant parti de la topographie, élabore les plans de transformation des thermes de Dioclétien en église (Santa Maria degli Angeli, 1561-1566) et conçoit la monumentale Porta Pia (vers 1565). Ses dernières sculptures sont trois Pietà : celle de la cathédrale de Florence, la Pietà da Palestrina, enfin la Pietà Rondanini (inachevée), qui répudie la beauté, voire la réalité physique, au profit de la seule spiritualité

6. Poète aussi

Michel-Ange est aussi un poète amoureux. Un de ses neveux en apporte la preuve en faisant imprimer à Florence, en 1623, un recueil rassemblant les sonnets et madrigaux de la main même du grand artiste.

Ce dernier fait partie, à Rome, du cercle qui se réunit autour de la poétesse Vittoria Colonna. Est-elle l'inspiratrice du lyrisme de Michel-Ange, que n'aurait pas renié Pétrarque ?

Un jeune et beau Romain, Tommaso Cavalieri, lui aussi entré dans la vie de Michel-Ange – qui lui apprenait à dessiner et qui l'appelait son « précieux génie » – est-il l'objet aimé, dédicataire de tant de vers et destinataire de tant de lettres ? Ou bien le substitut de la tendre Vittoria, que Michel-Ange – aussi platonique que fût sa flamme – s'interdit de nommer publiquement ? Aujourd'hui, la première hypothèse est nettement privilégiée.

Jusqu'à la fin de sa vie, Michel-Ange reste actif et prend part à la vie artistique de son temps, conseillant ou recommandant tel ou tel de ses disciples, en patriarche déjà envahi par son mythe. Il s'éteint à Rome à près de 90 ans, mais c'est à Florence, sa vraie patrie, qu'il repose (église Santa Croce)

7. Citations

« Le génie est affaire de patience éternelle. »

Michel-Ange

« La beauté consiste à chasser le superflu. »

Michel-Ange

« La force d'un beau visage, à quoi me pousse-t-elle ?
(Car il n'y a que cela qui me charme autant dans le monde.)
À m'élever vivant parmi les élus. »

Michel-Ange (Sonnets et madrigaux).