Argentine : population

Argentine
Argentine

  • Population : 44 938 712 hab. (estimation pour 2019)

1. Migrations et peuplement : de l'Europe à l'Amérique latine

Ce fut par le nord-ouest que se fit le peuplement de l’Argentine, avec la descente sur le piémont andin des Espagnols venant des hautes plaines et des régions minières de Bolivie. Cette première Argentine fut une sorte d'annexe de ces zones minières, auxquelles elle fournissait céréales, bétail et bêtes de somme (mules surtout). La façade atlantique restera longtemps négligée. L'économie agropastorale et artisanale du Nord-Ouest subandin domine ainsi jusqu'au milieu du xviiie s. et les fondations urbaines espagnoles y constituent jusqu'à nos jours l'ossature d'une Argentine métisse, encore chargée de traditions héritées de l'époque coloniale, où s'est maintenue une population importante en dépit des départs vers l'Argentine dynamique, celle du port de Buenos Aires et de la Pampa.

L'Argentine a commencé à « basculer » des Andes vers le Río de la Plata dans la seconde moitié du xviiie s., avec la création de la vice-royauté ayant pour capitale Buenos Aires et l'ouverture de ce port au commerce atlantique avant même l'indépendance. Le tournant définitif date du dernier quart du xixe s., époque où se constitue véritablement l'Argentine moderne.

C'est la mise en exploitation commerciale des bovins lâchés dans la Pampa au moment de la conquête qui constitue le phénomène décisif. Succédant aux peaux du xviiie s. et aux viandes séchées de la première moitié du xixe s., la laine des moutons devient à son tour, vers 1860, un produit recherché par l'Europe. Dès lors, les possesseurs des prairies pampéennes acquièrent à Buenos Aires, et, partant, dans toute l'Argentine, un poids économique et politique prépondérant en association étroite avec la bourgeoisie d'affaires du port, nationale et étrangère. Les marchés urbains, les capitaux, les techniques et même les hommes de l'Europe donnent à l'Argentine des années 1880-1900 les moyens d'occuper d'abord, d'équiper et d'exploiter ensuite la totalité de son espace national.

Le pays connaît jusqu'à la crise mondiale de 1929 une exceptionnelle prospérité reposant entièrement sur la mise en valeur agricole pour l'exportation, essentiellement à destination de la Grande-Bretagne. La Pampa est appropriée sous la forme d'immenses unités pastorales (les estancias), où les maîtres du sol installent des métayers temporaires pour semer blé, lin et maïs avant de restituer les parcelles couchées en luzerne pour le bétail bovin. De grandes entreprises assurent l'approvisionnement en viande réfrigérée des bouchers britanniques. Dans la région proche du Paraná, la Pampa de Rosario-Santa Fe, et dans plusieurs parties de la Pampa sèche, les propriétaires prélèvent leur rente foncière en lotissant leurs terres en « colonies » mises en location-vente ou seulement affermées à des paysans venus d'Italie ou même d'Europe orientale. Ce sont ces terroirs de monoculture qui donnent à l'Argentine la première place dans le commerce international du blé et du maïs, ainsi que du lin oléagineux, vers 1930.

Les régions périphériques sont mises en exploitation, chacune au profit d'une culture dominante destinée à la consommation nationale, à l'exception de la Patagonie abandonnée à de grandes compagnies qui élèvent des moutons à laine pour l'exportation. La région subtropicale du Nord-Ouest devient le pays de la canne à sucre; le piémont des Andes de Mendoza, grâce à de grands ouvrages d'irrigation, un vaste et puissant vignoble ; la haute vallée du río Negro, un verger irrigué; dans le Chaco méridional, la forêt de quebrachos est détruite par de grandes sociétés qui extraient le tanin, tandis qu'au centre, déjà sec, se développent les plantations de coton confiées à des colons d'Europe centrale.

Quand la crise de 1930 survient, l'Argentine, qui a reçu 7 millions d'immigrants (la moitié d'Italiens, le tiers d'Espagnols), est devenue un pays « neuf » peuplé de Blancs. Le territoire est littéralement drainé vers les ports d'exportation du bas Paraná, de Bahía Blanca et, essentiellement, de Buenos Aires par un maillage serré de voies ferrées pampéennes prolongées par des lignes de pénétration vers la périphérie. La population reflue vers les villes, faute de terres disponibles dans les campagnes contrôlées par un nombre réduit de maîtres du sol.

La crise favorise cette croissance urbaine, prodigieuse à Buenos Aires, qui devient l'une des grandes métropoles mondiales dans un pays quasiment vide. L'État encourage le développement industriel qui s'effectue tout naturellement dans les villes-ports. À partir de 1947, sous la présidence de Perón, il prend en charge les grands équipements et les services publics, encourageant l'alliance entre un syndicalisme corporatiste et l'entreprise privée nationale confortée par un secteur industriel « lourd » confié à l'armée. L'agriculture pampéenne stagne, faute de marchés extérieurs, jusqu'à la fin de la guerre, tandis que, dans le même temps, l'Europe affamée recherche blé et viande, à cause d'une politique systématique de transfert vers les autres secteurs économiques qu'exprime le maintien de bas prix à la production. L'exode rural devient spectaculaire, malgré les progrès de nouvelles spéculations destinées au marché intérieur (lait, oléagineux). À la fin des années 1950, ce grand pays agricole est complètement marginalisé par les progrès spectaculaires des agricultures anglo-saxonnes des pays neufs. Les équipements collectifs qui datent du début du xxe s. sont démodés, notamment pour les transports ferroviaires et maritimes. Toutefois, une industrie légère différenciée s'est développée, tandis que, dans les secteurs pétroliers et sidérurgiques, quelques points forts sont en place. L'Argentine est devenue un pays urbanisé, presque un « pays-ville », alors que d'immenses espaces sont totalement vides.

2. Une population « pampéenne » et urbaine

La faible densité moyenne, de l'ordre de 13 habitants par km2, ne rend pas compte de l'inégale distribution de la population dans l'espace argentin. Le district de Buenos Aires et la région de la Pampa réunissent, à eux seuls, les deux tiers des habitants, tandis que la région de la Patagonie correspond à l'« Argentine du vide ». Les citadins se concentrent dans les villes de Córdoba et de Rosario, les cités du piémont andin (San Miguel de Tucumán, Mendoza au centre du vignoble), les ports (Bahía Blanca) ou stations (Mar del Plata) du littoral et, surtout, dans la région métropolitaine de Buenos Aires.

L'agglomération de Buenos Aires

    L'agglomération de Buenos Aires concentre le tiers de la population de l'Argentine, pays peu densément peuplé dans son ensemble.

Buenos Aires souffre, comme les autres mégapoles du continent latino-américain, d'une croissance anarchique et de l'insuffisance des infrastructures, notamment dans sa partie sud-ouest. À côté des beaux quartiers de style haussmannien, la métropole s'étend sur d'interminables banlieues où s'entasse une population démunie. Dès 1960, les campements de miséreux (les villas miserias) regroupaient un demi-million d'arrivants venus de l'intérieur du pays. Durant les années 1970, plutôt que de favoriser une politique d'aménagement, le régime militaire a accentué, par sa politique d'expulsion des pauvres vers la périphérie, l'ambiguïté du paysage urbain de Buenos Aires : une ville de la Belle Époque entourée d'une banlieue du tiers-monde.

Pour en savoir plus, voir les articles géographie physique de l'Argentine et activités économiques de l'Argentine.