Inde : géographie physique

Inde
Inde

L'Inde est constituée de trois grandes régions d'extension inégale. Elle atteint l'Himalaya au nord, mais n'en possède qu'une frange. Le cœur du pays est la vaste plaine drainée ou irriguée par le Gange (et ses affluents), auquel vient se joindre le Brahmapoutre pour former le delta du Bengale, périodiquement ravagé par les cyclones et les inondations. La plaine gangétique est valorisée par les pluies de la mousson (de juin à septembre), moins abondantes vers le Sud (au-delà du tropique), dans l'intérieur du Deccan qui est protégé par la barrière des Ghats occidentaux. Le Deccan, où la forêt claire a été presque totalement défrichée, est même localement sec.
Les contrastes de températures sont moins importants que l'opposition saison sèche/saison humide, trait climatique fondamental.

1. Formation et répartition des reliefs

Les milieux résultent en Inde de la combinaison de quatre grands types de reliefs (moyennes montagnes, hautes montagnes, plaines et plateaux) et de climats (très humides, humides, secs et très secs). On distingue trois grands ensembles. Au nord, les mouvements orogéniques violents du cénozoïque ont mis en place l'Himalaya (qui, d'ailleurs, n'appartient que très partiellement à l'Inde). Au sud de ces énormes reliefs, une fosse géante a été comblée par des sédiments très épais, portant actuellement une plaine alluviale (plaine du Gange). Plus au sud encore subsiste une masse de vieux terrains, mis en place pour la plupart avant le début du Paléozoïque et qui forment un socle. Ce socle indien (ou péninsulaire), le Deccan, porte surtout des plateaux très étendus et quelques moyennes montagnes ; des plaines s'y dispersent sur ses bordures, surtout à l'est.

L'Inde non himalayenne est de loin la plus étendue, tandis que les montagnes du Nord ont une originalité qui permet de les individualiser.

1.1. L'évolution de l'Inde non himalayenne

La formation du socle indien

La formation du socle indien est très ancienne. Une bonne partie du complexe rocheux de base, granites et gneiss, s'est constituée au cours d'une évolution précambrienne très compliquée. Plusieurs phases de plissements ont été suivies de destruction des reliefs par l'érosion et il s'est succédé de multiples épisodes de mise en place du matériel venu des profondeurs de l'écorce terrestre. Mais ces phases très anciennes n'ont pas laissé d'ensembles géologiques bien identifiables. Il n'en va pas de même d'une autre série qui s'est déroulée juste avant le début du Paléozoïque et au cours de celui-ci.

Au précambrien moyen, une séquence sédimentation-plissement a mis en place la série plissée des Aravalli, qui affleure actuellement au nord-ouest de la péninsule. Une phase de sédimentation gréseuse du Précambrien supérieur a laissé des étendues de grès, ceux des monts Satpura, au nord-est de Bombay. Au début du Paléozoïque, une nouvelle séquence sédimentation-plissement a mis en place la série peu étendue des monts de Cuddapah, près de Madras. À la fin du paléozoïque se sont produits des événements géologiques lourds de conséquences économiques : tandis que se déposait une nouvelle série de grès (grès vindhyens), des fossés d'effondrement étaient remplis de sédiments, qui constituent les gisements de houille exploités aujourd'hui. Les plus importants de ces fossés sont maintenant suivis par les vallées de la Damodar, de la Mahanadi (cours moyen) et de la Godavari (cours inférieur).

L'évolution du socle depuis la fin du paléozoïque a été marquée par des événements qui influencent encore profondément la disposition du relief. Ce socle a d'abord subi un grand mouvement d'ensemble, avec soulèvement à l'ouest et enfoncement à l'est, et des déformations cassantes d'une ampleur plus réduite, qui donnent un jeu complexe de blocs affaissés et soulevés. Le mouvement de bascule d'ensemble a pour effet de produire une dissymétrie fondamentale de la péninsule et de faire apparaître un contraste entre ses bordures orientale et occidentale ainsi qu'une dissymétrie de base du réseau hydrographique, les grands fleuves prenant leur source à quelques kilomètres de la mer d'Oman et se jetant dans la baie du Bengale. Aussi, le long de celle-ci, y a-t-il plusieurs grands deltas, qui n'ont pas leur équivalent à l'ouest. Le socle a également été recouvert en partie par une immense nappe de laves basaltiques, mises en place au crétacé et qui s'étendent actuellement sur une superficie à peu près égale à celle de la France.

Pendant tout le mésozoïque et une partie du cénozoïque, le socle se prolongeait vers le nord bien au-delà des limites de ses affleurements actuels. Puis, au cénozoïque, une partie fut entraînée dans une subsidence profonde, et une autre englobée dans l'orogène himalayen. Ainsi se distinguèrent le sillon indo-gangétique et l'Himalaya.

Les plateaux

L'évolution du relief explique d'abord leur prépondérance. Elle est liée à la longueur des temps pendant lesquels l'érosion s'est exercée sur ces vieilles roches : tous les reliefs anciens ont été rabotés et remplacés par des surfaces d'aplanissement. Les plateaux volcaniques sont dus à la conservation des surfaces dures des coulées basaltiques.

L'aspect des plateaux est à la fois un effet de la longueur de l'évolution et des climats. Il existe trois types principaux de plateaux. Certains ont des profils tendus, au-dessus desquels se dressent brutalement des reliefs isolés, comme des îles sur la mer (c'est pour cette raison qu'on les qualifie d'inselberg (« montagnes-îles », en allemand). Ces plateaux à inselbergs se rencontrent sur les granites et les gneiss très résistants (charnockites), dans les régions sèches et moyennement sèches. Leur aspect particulier s'explique par la profondeur des altérations des roches, liées aux fortes températures et à l'humidité du climat, tandis que l'alternance de périodes sèches et pluvieuses a permis le maintien de pentes raides et l'élaboration de plans inclinés à leur pied. Les granites et les gneiss se sont décomposés sous l'action d'un climat chaud et globalement pluvieux ; ils ont donné des sols rouges, d'une fertilité assez médiocre. On trouve aussi, dans les régions les plus humides, des plateaux plus disséqués, formés par une série d'interfluves arrondis. Enfin, les plateaux volcaniques, qui recouvrent le nord-ouest de la péninsule, sont originaux : leurs parties hautes sont généralement très planes, et les versants des vallées qui les entaillent sont en gradins, disposition qui exprime le travail de l'érosion dans un empilement de coulées successives et correspondent à des différences de résistance à l'érosion entre les « lits rouges » et les coulées basaltiques. Ces marches portent des sols noirs, riches en bases, pouvant retenir des quantités considérables d'eau entre les étages qui les constituent : ce sont les fameux regurs, sols adaptés à la culture du coton.

La répartition des plateaux est également liée à l'évolution géologique. On les rencontre sur le socle partout où celui-ci n'a pas été fortement soulevé par le mouvement de bascule ou par des failles plus localisées. Les plateaux sont particulièrement réguliers dans une énorme région qui constitue un axe central du socle, mais, en revanche, ils sont moins représentés sur les marges.

Les moyennes montagnes

Les moyennes montagnes constituent un domaine original par leur relief, leur végétation et leurs sols. Les altitudes sont souvent modestes, mais, sous les climats très chauds de ces basses latitudes, la baisse de température qu'on peut y enregistrer a des conséquences importantes sur la végétation, l'agriculture, le confort des hommes. Ces régions sont aussi des milieux de communication difficiles.

On peut distinguer trois types de moyennes montagnes. Les grandes failles déterminent d'énormes marches d'escalier, qui, vues du côté effondré, prennent l'aspect de reliefs impressionnants. Le revers de ces escarpements est beaucoup moins raide. Mais le soulèvement vigoureux a déclenché une dissection active par l'érosion, et l'on peut observer des deux côtés de l'escarpement une bande de quelques dizaines de kilomètres de large où les vallées sont profondément enfoncées. Deux groupes de moyennes montagnes appartiennent à ce type : d'une part, le long de la côte ouest, l'énorme escarpement des Ghats de l'Ouest (ou encore monts Sahyadri), qui se suit du nord de Bombay au cap Comorin, avec une seule interruption, au niveau de Palghat ; d'autre part, dans le nord de la péninsule stricto sensu, une série d'accidents est-ouest, grandes failles et fossés d'effondrement, reproduisant le même schéma. Ainsi sont nés les monts Vindhya, Satpura, Maikal, etc. Ils contribuent à donner une physionomie particulière à l'Inde centrale.

Un autre type de moyenne montagne s'est constitué à la suite du soulèvement en masse de blocs de roches relativement homogènes ; ce type est caractérisé par une forme d'ensemble moins allongée et par un relief de hautes surfaces arrondies. À ce type appartiennent les montagnes les plus hautes de la péninsule, les grands blocs soulevés de l'extrême Sud (monts Nilgiri, Palni, des Cardamomes). Il y a aussi une série de blocs moins élevés et plus discontinus, qui bordent à distance la baie du Bengale. On les rassemble souvent sous le nom de Ghats de l'Est ; toutefois ce terme est trompeur, car il tend à impliquer une symétrie entre les deux bordures de la péninsule, qui n'existe guère en réalité. Il n'y a pas ici de bordure continue, mais une succession de petits massifs entre lesquels de nombreuses vallées ménagent des voies de passage.

Enfin, le troisième type de montagnes moyennes est constitué par celles où l'érosion a remis en valeur d'anciens axes de plissements, parce que les mouvements anciens ont affecté des séries hétérogènes, qui se disposent maintenant en bandes inégalement résistantes à l'érosion. C'est le cas surtout des monts du Cuddapah au sud-est et des Aravalli au nord-ouest.

Les plaines alluviales

Le rôle des plaines alluviales dans la géographie humaine est supérieur à leur étendue (inférieure à celle des plateaux, en dépit de l'immensité de la plaine du Gange).

Leur répartition d'ensemble est facile à expliquer. Les plaines du sillon indo-gangétique correspondent au sommet alluvial d'un remblaiement de plusieurs milliers de mètres dans la fosse qui constitue une discontinuité majeure de l'écorce terrestre entre le vieux socle précambrien et l'énorme orogène himalayen. Les plaines deltaïques sont toutes groupées autour de la baie du Bengale (delta commun du Gange et du Brahmapoutre, deltas de la Mahanadi, de la Godavari, de la Kistna, de la Pennar, de la Kaviri et de la Vaigai).

L'absence de deltas le long de la mer d'Oman et leur concentration dans l'Est sont un effet du mouvement de bascule évoqué. En effet, les rivières qui se jettent dans la baie du Bengale sont longues et bien alimentées, et atteignent une mer peu profonde ; il en va tout autrement pour les rivières, très courtes, qui descendent le vigoureux escarpement des Ghats de l'Ouest et qui n'ont pu construire de delta.

Les plaines ont une certaine variété d'aspect. On voit s'opposer les parties humides, où le danger d'inondation est constant (deltas du Nord-Est, Bihar), et les régions plus sèches, où il existe plutôt une menace venant de la migration vers la surface du sol de sels solubles et toxiques pour les plantes.

D'autre part, il existe une différence entre les piémonts inclinés, comme ceux du Pendjab, et les bandes marécageuses humides, qui correspondent à des zones basses où ressortent les eaux infiltrées dans les cônes de piémont.

De plus, toutes les plaines sont divisées en unités de petites dimensions, notamment avec l'opposition entre les différents niveaux de terrasses. Une dénivellation de quelques mètres peut avoir des conséquences très importantes pour la mise en valeur. Les hautes terrasses sont à l'abri de l'inondation, mais peuvent manquer d'eau à certaines périodes. Leurs sols sont anciens et ont évolué en fonction du climat. Là où celui-ci est humide, il y a eu lessivage, c'est-à-dire appauvrissement du sol en matières solubles, notamment en bases. Dans la plaine du Gange moyen, ces hautes terrasses sont connues sous le nom de bhangar. Les basses terrasses sont sous une menace constante de l'inondation, d'autant plus grave que les fleuves sont plus puissants et les pluies plus abondantes. Les basses plaines du Bihar, de l'Orissa, du Bengale-Occidental connaissent avec une régularité catastrophique des inondations graves. Il ne se passe guère d'années sans qu'une partie au moins de ce domaine soit envahie par les eaux. Par contre, les sols sont toujours renouvelés par un alluvionnement constant, et ces basses terrasses, ou khadar, sont connues pour leur fertilité.

1.2. L'Himalaya

Le territoire de la République indienne ne pénètre profondément dans la masse himalayenne qu'au nord-ouest (Cachemire sous contrôle indien et Himachal Pradesh) et au nord-est (région de l'Assam et de l'Arunachal Pradesh). Au centre, le Népal, le Bhoutan et le Sikkim atteignent le bord septentrional de la plaine du Gange. Au Cachemire et en Himachal Pradesh, on trouve un alignement d'unités morphologiques puissantes et distinctes (dont la plupart se suivent d'ailleurs plus ou moins tout le long de la chaîne).

Le long des plaines du Pendjab, une série de chaînons parallèles, hauts de 600 à 1 200 m seulement, constitue la chaîne des Siwalik. Beaucoup plus impressionnant est le Pir Panjal, au nord des Siwalik. C'est une chaîne dont les sommets dépassent 4 000 m et constituée de terrains assez peu métamorphiques, empilés en nappes de charriage. Il est bordé au nord par une grande dépression due à la subsidence récente dans l'édifice des nappes de charriage, la Grande Vallée du Cachemire. Le fond est situé à 1 500 m seulement, et la vallée est longue de plus de 140 km : c'est une unité morphologique bien marquée.

Ce n'est que sur le flanc nord de la Vallée que se dresse le Grand Himalaya. Celui-ci commence à l'ouest par une énorme masse cristalline, qui dépasse 8 000 m au Nanga Parbat. Vers le sud-est, les montagnes qui succèdent au Nanga Parbat ne dépassent guère 6 000 m, avec des cols autour de 3 500 m. Cette chaîne est sculptée dans des masses sédimentaires violemment plissées. Au nord de cette masse impressionnante se trouve la haute vallée de l'Indus, qui suit une suture fondamentale de l'écorce terrestre, limite de l'Himalaya proprement dit. Cette vallée est dominée par le Nanga Parbat ; les versants ont jusqu'à 5 000 m et plus de hauteur relative, offrant ainsi l'une des plus extraordinaires dénivellations qu'on puisse observer.

Le Cachemire comporte une partie d'une montagne non himalayenne à proprement parler, le Karakorum (original par sa structure, une masse cristalline fortement soulevée, et par la puissance de ces reliefs, il comporte le second sommet du monde, le K2, et un ensemble de sommets dépassant 8 000 m, plus impressionnant que celui du Népal). D'énormes glaciers couvrent plus de 30 p. 100 de sa surface. L'Himalaya est plus mal connu au nord-est.

L'Inde ne contrôle directement qu'une part assez faible de la chaîne. Elle cherche d'ailleurs à y étendre son influence, notamment par sa politique vis-à-vis du Népal et du Bhoutan. De toute façon, la présence de l'immense barrière du Nord pèse sur les perspectives stratégiques de l'Inde, comme sur les traits de sa géographie physique et humaine.

2. Les climats

L'Inde appartient distinctement au monde des climats tropicaux. Sur une grande partie du territoire, l'opposition essentielle entre périodes et régions est fondée sur des caractères pluviométriques : on oppose surtout périodes humides et périodes sèches, régions humides et régions sèches. La chaleur règne toute l'année. Cependant, dans le Nord, les températures hivernales peuvent être assez basses pour gêner les hommes (mal logés et mal vêtus) et certaines cultures : l'hiver thermique y devient sensible.

La carte est donc fondée surtout sur des caractères pluviométriques ; quatre types de régions sont distingués, selon à la fois la durée et l'abondance des pluies. Ces deux caractères sont en effet significatifs, et il est commode de les combiner : une période humide un peu plus longue peut compenser des pluies un peu moins importantes, et vice versa. Sont considérées comme très humides les régions où la saison des pluies dure plus de quatre mois et apporte plus de 1 500 mm d'eau (beaucoup plus par endroits), comme humides les régions avec trois mois pluvieux et de 1 000 à 1 500 mm de pluies, comme sèches les régions avec deux à trois mois pluvieux, mais de 500 à 1 000 mm de pluies seulement, enfin comme très sèches les régions recevant moins de 500 mm de pluies et dans lesquelles la saison humide n'excède pas un mois. On considère ici comme humide un mois dont les précipitations sont supérieures à la quantité d'eau qui peut s'évaporer en fonction de la température de l'atmosphère (évaporation potentielle). Les durées de saisons humides fixées plus haut sont donc inférieures à celles de la période pendant laquelle il tombe quelques averses.

2.1. La saison sèche et fraîche

De décembre à février, le temps sur l'Inde est sec et beau, relativement frais (très relativement dans le Sud, beaucoup plus nettement dans le Nord, où les nuits peuvent connaître des températures de 4 à 5 °C, parfois des gelées).

La circulation atmosphérique est simple et régulière. Tous les jours, les vents sont dirigés des cellules de hautes pressions subtropicales. Le centre de l'anticyclone indien se trouve en général dans la région de Bombay : les vents soufflent donc de l'ouest sur le nord de l'Inde, puis ils passent à nord-ouest, à nord et enfin à nord-est sur la baie du Bengale. Les vents de nord-est sur la baie du Bengale se prolongent ensuite sur le sud de l'océan Indien. Ils ont depuis longtemps attiré l'attention des marins, qui les désignent sous le nom de mousson du nord-est, ou mousson d'hiver.

Cette situation explique la sécheresse de l'hiver. D'une part, l'air qui circule autour d'un anticyclone n'est jamais le siège d'ascendances : il ne peut donc pas s'y produire de condensations de vapeur d'eau, et il n'y a ni nuages ni pluies. D'autre part, l'air arrive de régions continentales (plateau iranien, Moyen-Orient) : il est donc sec. Cependant, sur la marge septentrionale du monde indien, quelques perturbations en provenance de la Méditerranée peuvent arriver et donner des pluies sur le nord-ouest de l'Himalaya ainsi que dans la plaine du Gange.

Mais, dans le reste du pays, le ciel est perpétuellement clair, les journées sont chaudes (autour de 30 °C dans le Sud et de 20 °C dans le Nord), et les nuits fraîches (autour de 20 °C dans le Sud et de 5 à 10 °C dans le Nord). Dans les plaines de l'extrême Nord, des gelées nocturnes peuvent survenir.

2.2. La saison très chaude et sèche

Les mois de mars, d'avril, de mai et parfois de juin sont caractérisés par le maintien de la sécheresse et par une augmentation très nette de la température : les moyennes des maximums (températures du jour) sont supérieures à 35 °C, atteignant 40 °C, voire 45 °C sur les régions intérieures. Les nuits sont aussi très chaudes, généralement entre 25 et 30 °C.

Quelques régions du monde indien commencent, cependant, à connaître un temps un peu différent : des pluies se produisent en effet dans l'extrême Sud et sur le Nord-Est (Bengale et Assam). Dans ces régions, la saison des pluies débute ainsi à la fin d'avril ou dans le courant de mai.

La sécheresse et la chaleur s'expliquent par le maintien de la circulation de type hivernal, alors que l'activité solaire augmente et fait sentir fortement ses effets sous les ciels maintenus clairs justement par l'existence des anticyclones.

Les pluies encore limitées s'expliquent par l'apparition, dans les basses couches de l'atmosphère, d'une aire de basses pressions centrée au sud de la péninsule indienne. Cette dépression dirige des vents d'ouest dans les régions méridionales et des vents du sud sur la baie du Bengale ; ces vents sont chargés d'humidité, puisqu'ils atteignent les côtes de l'Inde du Sud et du Bengale après avoir traversé des surfaces marines.

2.3. La saison des pluies

Les pluies se généralisent au cours de juillet et durent sur la majeure partie de l'Inde en août et en septembre. Ce changement fondamental est dû à une réorganisation complète de la circulation atmosphérique.

Celle-ci est dominée alors par une grande dépression semi-permanente, très creuse, installée sur le nord-ouest du monde indien. Certains jours, cette dépression se prolonge vers l'est par un axe de basses pressions qui s'étend le long de la bordure méridionale de la plaine du Gange, en direction de la baie du Bengale.

Au sud de la dépression et de l'axe dépressionnaire, la pression remonte jusqu'à l'équateur, puis, au-delà, jusqu'aux anticyclones subtropicaux de l'hémisphère Sud (cellules de hautes pressions alignées vers 25 à 30° de lat. S.). Un énorme courant aérien est déterminé par ce champ de pression. Il commence par un vent de sud-est dans l'hémisphère Sud ; arrivé à l'équateur, ce vent le franchit, puis l'air souffle d'ouest à sud-ouest et atteint ainsi l'Inde. Le vent traverse alors la péninsule, atteint la baie du Bengale, s'avance vers le nord, puis remonte la plaine du Gange comme un vent d'est.

Parfois, la situation est un peu plus complexe. De la baie du Bengale à l'Inde du Nord-Ouest, il y a en effet souvent des dépressions mobiles, qui parcourent cet axe en trois à six jours. Il apparaît alors un tourbillon de vents, lié à l'existence de ce centre dépressionnaire mobile, ce qui vient compliquer un peu le schéma. De telles dépressions apparaissent entre trois et six fois par mois, si bien qu'elles sont présentes deux jours sur trois et sont un élément essentiel de la circulation.

Celle-ci explique assez bien un certain nombre de faits majeurs. Tout d'abord le fait que les pluies sont quasi générales sur l'Inde. En effet, le courant décrit ci-dessus accomplit un très long trajet sur des mers chaudes et se charge d'une quantité énorme de vapeur d'eau. D'autre part, les reliefs et les dépressions mobiles déclenchent dans ce courant mobile humide des ascendances qui déterminent des précipitations.

Mais cette circulation explique aussi l'inégale répartition des pluies. Celles-ci sont importantes et fréquentes surtout là où les ascendances se déclenchent le plus souvent, c'est-à-dire d'abord au vent de tous les reliefs (Ghats de l'Ouest, montagnes du nord-est de la péninsule, bordure du plateau de Shillong et de l'Himalaya) et ensuite dans toutes les régions où le courant humide est perturbé, notamment par les dépressions mobiles, qui sont de véritables cheminées d'ascendance tourbillonnaire.

Il pleut, par contre, beaucoup moins là où l'air humide n'est pas entraîné par des ascendances, c'est-à-dire là où il n'y a ni perturbations atmosphériques, ni reliefs importants. C'est le cas pour les plateaux de tout l'est et du centre de la péninsule ainsi que pour les côtes méridionales de la baie du Bengale. Il y a aussi des régions qui ne sont pas atteintes par l'air humide : c'est le cas du nord-ouest du monde indien, atteint très indirectement par la mousson après un long détour sur des surfaces continentales.

C'est pendant cette saison qu'est acquise la répartition des régions sèches et arrosées résultant donc du fonctionnement d'un système assez complexe, dont l'élément essentiel est le grand courant humide de la « mousson d'été ».

Ce système fonctionne pendant les mois d'été, mais pas avec une régularité complète. En effet, certaines années, les pluies sont moins abondantes que d'habitude dans le nord de l'Inde. Il en résulte des sécheresses qui peuvent être catastrophiques dans un pays surtout agricole.

2.4. L'automne

Les mois d'octobre et de novembre représentent une situation intermédiaire. Les pluies diminuent de façon significative sur l'ensemble du pays, à une exception près. En effet, il pleut abondamment sur toute la côte orientale de la péninsule, le long de la baie du Bengale. Cette région, ayant des pluies assez faibles pendant la mousson, connaît alors son maximum de l'année.

La diminution des pluies s'explique par la réapparition, dans le Nord et dans l'Ouest, des anticyclones tropicaux. L'activité solaire n'est plus suffisante pour entretenir la grande dépression de l'été.

Les pluies de la région orientale de la péninsule résultent essentiellement de la persistance des dépressions naissant dans la baie du Bengale, comme en été. Mais ces dépressions suivent maintenant des trajectoires différentes, beaucoup plus dispersées dans l'espace. Deux trajectoires dominent cependant. L'une part du sud de la baie pour se diriger vers le Bengale ; plus souvent qu'en été, les dépressions prennent une force telle qu'elles sont capables de provoquer des catastrophes. L'autre trajectoire voit les dépressions se diriger du sud de la baie du Bengale vers l'ouest et traverser les parties méridionales de la péninsule. Toutes ces dépressions provoquent la pénétration d'air humide dans l'Inde du Sud-Est et entraînent son ascendance ; il pleut donc abondamment.

En novembre, les dépressions suivent des trajectoires de plus en plus méridionales, puis se raréfient en décembre ; on est revenu aux conditions de l'hiver décrites ci-dessus.

3. Les groupements de milieux physiques

On peut alors distinguer un certain nombre de grands domaines morphoclimatiques offrant des conditions particulières à la végétation et à l'agriculture.

3.1. Les régions très humides de l'Ouest

Le long de la côte occidentale de la péninsule, une région très humide associe un bas plateau littoral (côte de Konkan), une plaine (côte du Kerala) et une moyenne montagne dissymétrique, les Ghats de l'Ouest et les grands blocs du Sud. Cet ensemble est très arrosé, car il reçoit de plein fouet les souffles de la mousson. Il a un régime pluviométrique simple, avec un maximum de pluies en juillet ; la saison arrosée dure plus de six mois au Kerala (début précoce et fin tardive), mais tout juste quatre mois au nord, sur la côte de Konkan.

Les régions basses ont été très transformées par les hommes ; elles portent des rizières sous une végétation arborée abondante, dominée par le cocotier. Mais la forêt n'existe plus que sur les versants des Ghats. Dans le Sud, plus humide, on trouve un des rares exemples en Inde de « forêt dense toujours verte » : forêt haute (jusqu'à 40 m), à plusieurs strates. Plus au nord, la saison des pluies est moins longue, et l'on rencontre une forêt un peu plus basse (30 m), dont une grande partie des arbres perdent leurs feuilles simultanément : c'est la forêt dense semi-décidue. Mais, même en montagne, la forêt a souvent été dégradée, et les témoins qui restent sont médiocres dans bien des régions.

3.2. Les régions très humides de l'Est

Une deuxième bande de climats très humides se rencontre dans l'Est. Sa présence est liée au début précoce des pluies au Bengale, à leur fin tardive sur la côte sud-est, à l'abondance générale des pluies pendant la mousson sur tout le Nord-Est, parcouru par les dépressions de la baie du Bengale. Cette région est plus complexe que la précédente, car elle est bien plus vaste.

Elle groupe d'abord des moyennes montagnes et des plateaux très humides au nord-est de la péninsule : région Bastar-Chota Nagpur. Portées par ce socle, ces régions de grands reliefs arrondis assez disséquées sont des milieux de circulation difficile. Les sols sont souvent latéritiques en raison de l'humidité du climat. Aussi ce milieu est-il difficile à mettre en valeur. Les agriculteurs hindous ne l'ont jamais pénétré massivement et l'ont abandonné à des populations non hindoues qui pratiquent un système d'exploitation peu intensif. Aussi la région est-elle une des seules de l'Inde où l'on trouve encore de grandes forêts. La forêt dense humide semi-décidue se trouve sur les bordures les plus pluvieuses ; à l'intérieur, on rencontre plutôt une forêt dense et moins élevée (20 m), où les espèces dominantes sont assez peu nombreuses. Cette forêt, nettement décidue (perte de toutes les feuilles en saison sèche) est qualifiée de forêt de mousson ou de forêt dense sèche. C'est elle qui contient les beaux peuplements de teck ou de sal, qui sont une des richesses forestières de l'Inde.

Les plaines très humides du Nord-Est comprennent deux deltas (Gange et Mahanadi) et la basse plaine du Gange non deltaïque, dans le Bihar. Ici, il n'y a guère de latérites, malgré le climat humide, car celles-ci n'ont pas eu le temps de se développer sur les alluvions, sauf les plus anciennes. Il n'y a pratiquement pas lieu de parler du couvert végétal, car le paysage est entièrement humanisé, et la forêt a complètement disparu devant le progrès des rizières.

Le sud-est de l'Inde est un peu différent. Les pluies sont encore assez abondantes pour qu'on puisse parler de région très humide (sauf dans l'extrême Sud-Est, sur lequel nous reviendrons). Mais elles sont tout de même moins abondantes qu'au Bihar et qu'au Bengale. D'autre part, elles tombent avec un rythme très particulier, le maximum se situant en octobre ou novembre, après un été qui n'est ni vraiment sec ni vraiment pluvieux.

Dans les plaines deltaïques, les rizières ont tout envahi. Mais, sur les moyennes montagnes (blocs dits des Ghats de l'Est, mont de Cuddapah), on rencontre des témoins d'une forêt très dégradée, un assez curieux faciès toujours vert de la forêt de mousson décrite plus haut.

3.3. Moyennes montagnes et plateaux humides de la péninsule

À l'intérieur de la péninsule, on trouve les régions nettement humides ou sèches : la mousson y apporte des quantités d'eau seulement moyennes en raison de l'absence de facteurs d'ascendances massives.

Deux régions sont humides. Le plateau de Mysore, au sud, est un ensemble de plateaux à inselbergs. Il porte des sols rouges, et les restes de végétation sont marqués par la sécheresse : on trouve sur les inselbergs des témoins de forêts épineuses assez médiocres. L'essentiel du plateau porte un paysage rural ; ici, la rizière n'est plus visible que dans des parties favorisées du terroir, et les plateaux portent en général un paysage de champs ouverts piquetés d'arbres, l'openfield arboré, qui est très répandu en Inde.

Au centre nord de la péninsule, une série de blocs basculés donnent des reliefs est-ouest (Vindhya-Satpura) qui reçoivent des pluies abondantes. Plus que le plateau de Mysore, ils constituent un milieu boisé, avec des faciès assez secs de la forêt de mousson.

3.4. La partie humide de la plaine du Gange

Elle constitue un secteur aux limites floues, intermédiaire entre les domaines très pluvieux examinés précédemment et les régions nettement sèches du Pendjab. C'est aussi une région de transition du point de vue thermique, car l'hiver peut y être assez froid. Comme dans le reste de la plaine, il n'y a plus ici de végétation naturelle, et c'est l'openfield arboré qui domine. Les rizières, si elles restent importantes, ne sont plus la forme dominante d'utilisation du sol.

3.5. L'axe sec de la péninsule

Interrompu seulement par l'alignement montagneux des Vindhya et par le plateau de Mysore, un axe sec prend en écharpe la péninsule. Son existence est due surtout à la faiblesse des pluies de mousson. Sauf dans l'extrême Sud-Est, c'est un immense domaine de plateaux remarquablement monotones.

La partie nord (entre Vindhya et le plateau de Mysore) est caractérisée par l'énorme extension des terrains volcaniques. Ceux-ci portent des terres noires capables d'emmagasiner de grandes quantités d'eau, ce qui corrige un peu les effets de la sécheresse. Les plateaux de laves sont aussi caractérisés par un relief en plans étages séparés par des pentes en gradins. Les plateaux granito-gneissiques sont couverts de sols rouges assez médiocres et sont semés d'inselbergs.

La partie de l'axe sec au sud du plateau de Mysore comprend un enchevêtrement assez compliqué de plateaux, de plaines et de quelques moyennes montagnes. Les terres noires, sans laves, reparaissent dans quelques districts.

Dans l'ensemble, l'axe sec est une énorme région de champs ouverts arborés, aux limites indistinctes pendant la saison sèche. Il n'y a pratiquement pas, ici, de végétation naturelle. Sur quelques sols abandonnés, cependant, on peut apercevoir des forêts épineuses basses et quelques très rares savanes.

3.6. Le Nord-Ouest sec et très sec

Le Nord-Ouest de l'Inde n'est pas atteint de plein fouet par la mousson. L'hiver y est assez froid. Il y a des différences sensibles dans ce domaine entre la bande sous-himalayenne, où les eaux venues des montagnes et des pluies encore assez abondantes ont permis l'aménagement d'une région agricole active, et les parties basses, très arides. Celles-ci ne sont guère cultivées et sont couvertes par des steppes épineuses très discontinues.

Avec ses 100 à 200 mm de pluies, le désert de Thar, malgré son nom, n'est pas un Sahara ; ses parties les plus sèches sont d'ailleurs hors du territoire indien.

4. L'hydrologie

L'abondance des précipitations estivales et la disposition du relief ont doté l'Inde de grands fleuves au débit abondant. Toutefois, les contrastes sont marqués entre les systèmes hydrologiques influencés par l'Himalaya et ceux issus de la péninsule.

Né dans l'Himalaya, le Gange emprunte l'axe de la plaine à laquelle il a donné son nom ; il forme ensuite un delta commun avec le Brahmapoutre au fond du golfe du Bengale. Les débits estivaux sont importants du fait de l'abondance des pluies et de la fonte des neiges et des glaciers himalayens (qui peut compenser le fléchissement des précipitations lors des années sèches). Les réserves accumulées dans les nappes soutiennent les débits hivernaux, qui restent très inférieurs à ceux de l'été. Des périodes particulièrement pluvieuses, dues à une activité anormale des dépressions mobiles, peuvent provoquer de graves inondations, surtout dans le cours inférieur du fleuve. Également issues de l'Himalaya, des rivières, notamment la Sutlej, se dirigent vers le Pakistan et se jettent dans l'Indus.

La plupart des autres grands cours d'eau naissent près de la mer d'Oman, dans les Ghats occidentaux, pour aller se jeter dans le golfe du Bengale. Les plus importants sont la Mahanadi, la Godavari, la Krishna et la Kaviri. Ce n'est que dans le nord de la péninsule que des cassures ont permis à la Narbada et à la Tapti de s'écouler d'est en ouest pour se jeter dans la mer d'Oman. Ces cours d'eau et leurs affluents sont essentiellement alimentés par les pluies d'été, abondantes en amont des bassins.

Les débits hivernaux sont peu soutenus, et les années de faible abondance sont assez fréquentes. La correction de ces régimes est apparue particulièrement utile; elle a été effectuée par la construction de grands barrages, comme ceux de Hirakud sur la Mahanadi ou de Nagarjunasagar sur la Krishna.

Pour en savoir plus, voir les articles population de l'Inde et activités économiques de l'Inde.